mardi, juillet 28, 2026
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Litiges miniers : l’héritage du passé – Ahmed Kanté, ancien ministre des Mines et ancien directeur de la SOGUIPAMI, impliqué dans trois procédures pénales, chercherait à blanchir son image ou à exposer davantage l’État à de nouvelles difficultés.

MINES – L’affaire Axis Minerals n’a pas encore livré tous ses secrets. Alors que l’État guinéen fait face à un arbitrage international portant sur plusieurs milliards de dollars et s’efforce de restaurer la confiance des investisseurs, un nouveau développement vient relancer l’un des dossiers miniers les plus controversés de ces dernières années. La société AGB2A-GIC, attribuée à l’ancien ministre des Mines Ahmed Kanté selon plusieurs documents versés à la procédure judiciaire, sollicite désormais l’octroi du permis minier autrefois détenu par Axis Minerals. Cette démarche intervient alors que son principal promoteur demeure au cœur de plusieurs procédures pénales toujours pendantes devant les juridictions guinéennes.

Selon les informations recueillies, AGB2A-GIC a officiellement déposé une étude de faisabilité auprès du ministère des Mines et de la Géologie dans le cadre de sa demande d’obtention du permis minier précédemment accordé à Axis Minerals. Une audience technique consacrée à l’examen de ce dossier s’est tenue la semaine dernière.

Cette initiative intervient dans un contexte juridique particulièrement sensible. Ahmed Kanté fait toujours l’objet de trois procédures pénales : une devant la Cour d’appel de Kaloum et deux autres devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Les éléments de preuve produits par les différentes parties au cours des procédures judiciaires retracent une succession de faits ayant conduit au litige.

À la tête de la SOGUIPAMI, Ahmed Kanté avait signé un protocole d’accord (Memorandum of Understanding – MOU) avec Axis Minerals afin d’accompagner le développement de son gisement de bauxite. Ce partenariat a ensuite facilité l’arrivée d’African Bauxite Corporation (ABC) et d’Eurasian Resources Mining (ERM) en tant qu’investisseurs stratégiques, permettant le financement du projet minier ainsi que du port multi-utilisateurs de Kokaya.

Après son départ de la SOGUIPAMI, Ahmed Kanté aurait poursuivi des activités de conseil auprès d’ABC et d’ERM par l’intermédiaire de la société IBCC, qui, selon les pièces du dossier, appartiendrait à son épouse.

En 2019, il a créé la société GIC, laquelle s’est ensuite substituée à ABC dans les accords conclus avec SD Mining. GIC est alors devenue l’actionnaire majoritaire de la coentreprise chargée du développement du gisement d’Axis Minerals.

Selon les arguments présentés dans le cadre des procédures judiciaires, un différend est ensuite apparu entre Ahmed Kanté et SD Mining. Ce conflit aurait conduit à une division du permis minier sans l’autorisation préalable du ministère des Mines et de la Géologie. Dans la foulée, GIC a créé sa filiale AGB2A-GIC, qui aurait entamé des activités d’exploitation dans la zone concernée.

Les différends entourant ce projet ont finalement conduit au retrait du permis minier d’Axis Minerals.

Estimant cette décision irrégulière, Axis Minerals a engagé une procédure d’arbitrage international contre l’État guinéen et réclame plusieurs milliards de dollars de dommages et intérêts.

Au niveau national, l’affaire a également connu plusieurs développements judiciaires. Les associés de GIC ont saisi la CRIEF contre Ahmed Kanté et sa société. Par ailleurs, les autorités guinéennes ont ouvert une enquête afin d’examiner d’éventuelles infractions, notamment des faits susceptibles de constituer un abus de confiance.

L’un des aspects les plus sensibles de ce dossier concerne les exportations de minerai.

Selon les données produites par SMM, AGB2A-GIC aurait exporté près de 4,6 millions de tonnes de bauxite depuis le début de l’année 2026, alors même que le permis d’Axis Minerals avait été retiré.

Ces informations soulèvent de nombreuses interrogations quant au fondement juridique ayant permis la poursuite des activités d’exploitation et d’exportation.

Malgré les procédures judiciaires en cours, AGB2A-GIC cherche désormais à obtenir officiellement le permis minier qui constitue pourtant le cœur de l’ensemble de cette affaire. Pour de nombreux observateurs, cette démarche remet au premier plan les débats sur la gouvernance du secteur minier, la transparence dans l’attribution des titres miniers et la sécurité juridique des investissements en Guinée.

Au-delà des procédures judiciaires, cette affaire soulève plusieurs questions essentielles :

1- Existe-t-il un conflit d’intérêts lorsqu’un ancien haut responsable de l’État bénéficie directement d’un projet minier qu’il supervisait ou conseillait alors qu’il exerçait des fonctions publiques ?

2- L’éventuelle attribution du permis minier à AGB2A-GIC, alors que plusieurs procédures pénales sont toujours en cours, pourrait-elle être interprétée comme une décision susceptible d’interférer avec le travail des juridictions compétentes ?

3- Le ministère des Mines et de la Géologie mesure-t-il pleinement les conséquences qu’une telle décision pourrait entraîner ?

 

Par Lans YANS

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