samedi, septembre 12, 2026
AccueilACTUALITÉSFEGUIFOOT : Après quinze ans de crises, Sorel Doumbouya veut tourner la...

FEGUIFOOT : Après quinze ans de crises, Sorel Doumbouya veut tourner la page et refonder le football guinéen

CONAKRY — Quinze années de turbulences. Des présidents qui se succèdent, des crises internes qui se répètent, des batailles autour de la gouvernance, des procédures judiciaires, des audits, une intervention de la FIFA et même deux périodes de normalisation.

L’histoire récente de la Fédération guinéenne de football ressemble davantage à une succession de crises qu’à une trajectoire institutionnelle maîtrisée.

De Salifou Camara « Super V » à Mamadou Antonio Souaré, du Comité de normalisation à Aboubacar Dinah Sampil, puis à Sory Doumbouya, le constat demeure implacable : chaque alternance a nourri l’espoir d’un nouveau départ avant que les mêmes fragilités ne ressurgissent.

Aujourd’hui, une nouvelle bataille électorale s’annonce. Et avec elle, une question de fond : la prochaine présidence doit-elle simplement changer de visage ou véritablement changer de méthode ?

C’est dans cette équation que s’inscrit la candidature de Sorel Doumbouya, qui entend placer la refondation institutionnelle, la transparence et la professionnalisation au cœur de son ambition pour la FEGUIFOOT.

Au début des années 2010, Salifou Camara, dit « Super V », prend les commandes de la Fédération avec l’ambition de renforcer l’organisation du football guinéen.

Mais, progressivement, les relations se dégradent au sein du Comité exécutif. En 2016, une importante fronde interne éclate. La suspension du secrétaire général Ibrahima Barry « Blasco » contribue à accentuer la fracture.

La crise finit par dépasser le cadre strictement national et entraîne l’intervention des instances internationales du football. Cette période marque le début d’un long cycle de tensions qui va durablement affecter la gouvernance de la FEGUIFOOT.

Après l’arrivée de la nouvelle équipe dirigée par Mamadou Antonio Souaré en 2017, un audit portant notamment sur la période 2013-2015 est réalisé.

Des irrégularités financières présumées sont alors évoquées, avec notamment un montant estimé à environ 834 000 euros. Plusieurs responsables de l’ancienne administration sont cités dans cette procédure.

L’incarcération temporaire d’Ibrahima Barry « Blasco » et de Morton Soumah en décembre 2017 donne à cette affaire une dimension particulièrement sensible.

Il convient toutefois de distinguer les accusations et procédures des condamnations judiciaires définitives.

Mais une leçon demeure : la transparence financière et les mécanismes de contrôle constituent depuis longtemps l’un des talons d’Achille de la gouvernance du football guinéen.

L’élection de Mamadou Antonio Souaré, en février 2017, suscite de nombreux espoirs.

Fort de son expérience dans le football national, notamment à la tête du Horoya AC et de la Ligue guinéenne de football professionnel, le nouveau président affiche l’ambition de moderniser la Fédération et de donner un nouvel élan au championnat professionnel.

Mais les querelles institutionnelles persistent ; En 2021, le processus électoral de la FEGUIFOOT est bloqué, dans un contexte marqué par des contestations relatives à la procédure et aux critères d’éligibilité.

Le 1er décembre 2021, la FIFA met alors en place un Comité de normalisation.

Un fait suffisamment révélateur : une institution nationale du football se retrouve une nouvelle fois contrainte de recourir à un mécanisme exceptionnel pour tenter de sortir d’une crise interne.

Pendant près de deux ans, le Comité de normalisation s’emploie à remettre de l’ordre dans la maison.

Nouvel organigramme, renforcement des procédures administratives et financières, recrutement de personnels qualifiés, mise en place du logiciel de gestion comptable SAGE 100c, création de départements spécialisés dans les domaines juridique, marketing, football des jeunes et football scolaire : plusieurs chantiers sont engagés.

Les statuts et le code électoral sont également réexaminés ; le CONOR quitte finalement ses fonctions le 30 novembre 2023.

Mais cette période laisse une interrogation majeure : pourquoi le football guinéen a-t-il eu besoin, à deux reprises, d’une normalisation pour rétablir son fonctionnement institutionnel ?

Le 6 janvier 2024, Aboubacar Dinah Sampil, dit « Bouba Sampil », est élu à la présidence de la FEGUIFOOT.

Là encore, l’espoir d’une nouvelle ère est immense, mais les tensions apparaissent rapidement au sein du Comité exécutif. Des responsables dénoncent publiquement certaines pratiques de gouvernance et contestent la manière dont plusieurs dossiers sont administrés.

Le conflit atteint son point de rupture en avril 2025.

Le 8 avril, le Comité exécutif suspend provisoirement le président. Le 8 mai, l’Assemblée générale ordinaire entérine finalement sa révocation avec 51 voix favorables, contre deux bulletins nuls.

Une nouvelle page se tourneEt une nouvelle crise commence.

À la suite de la révocation de Bouba Sampil, Sory Doumbouya prend les commandes de la Fédération conformément aux dispositions statutaires.

Il hérite d’une institution profondément marquée par son passé récent.

Une Fédération ayant connu : des crises répétées entre présidents et Comité exécutif ; plusieurs épisodes de contestation électorale ; des procédures judiciaires liées à la gestion financière ; des audits controversés ; deux périodes de normalisation ; des réformes des statuts et du code électoral ; et, plus récemment, la révocation d’un président élu.

Le défi dépasse donc largement la personnalité du prochain président ; Il s’agit désormais de reconstruire la confiance. C’est précisément sur ce terrain que la candidature de Sorel Doumbouya entend se positionner.

Son ambition, telle qu’elle est présentée dans le cadre de sa candidature, repose sur une idée centrale : la FEGUIFOOT ne peut plus être gérée comme une institution soumise aux rapports de force permanents entre individus.

Pour Sorel Doumbouya, la refondation doit passer par une gouvernance davantage structurée, une meilleure transparence, une administration professionnelle, une responsabilisation des différentes composantes du football et un renforcement des mécanismes de contrôle.

L’enjeu n’est donc pas seulement de conquérir la présidence, Il est de reconstruire une institution capable de survivre aux présidents.

Dans une élection où les promesses peuvent rapidement se multiplier, la candidature de Sorel Doumbouya entend surtout capitaliser sur les acquis et les enseignements de son parcours très riche et de son expérience dans le football.

L’enjeu est de transformer ces acquis en méthode de gouvernance.

Car le football guinéen n’a plus seulement besoin de discours ; Il a besoin de règles respectées, de comptes contrôlables, d’une administration efficace, de compétitions régulièrement organisées, d’un football à la base mieux structuré et d’une politique de formation capable de préparer la relève.

La performance sportive elle-même ne peut être durable sans institutions solides.

Aux électeurs : l’heure du choix et de la responsabilité

Après quinze années de crises, le prochain scrutin de la FEGUIFOOT ne devrait pas être réduit à une simple confrontation de personnes.

Il doit être l’occasion d’un véritable débat sur le modèle de Fédération que les acteurs du football guinéen veulent construire.

Les membres statutaires sont donc face à une responsabilité majeure : évaluer les candidats sur leur expérience, leur bilan, leur crédibilité, leur capacité à rassembler et surtout sur la solidité de leur projet pour l’avenir du football guinéen.

Le football guinéen ne peut plus se permettre de reproduire indéfiniment le même scénario :

Élection → espoir → tensions → crise → intervention → réforme → nouvelle élection.

Le prochain président devra être celui qui sera capable de casser cette mécanique.

La candidature de Sorel Doumbouya arrive ainsi dans un contexte où le football guinéen cherche moins un simple changement de président qu’un changement de culture institutionnelle.

La question qui se pose désormais est simple :

La Guinée veut-elle poursuivre le cycle des crises ou ouvrir enfin celui de la refondation ?

Le prochain scrutin apportera la réponse.

Et au-delà du nom du vainqueur, c’est l’avenir de la FEGUIFOOT, sa crédibilité institutionnelle et sa capacité à construire un football performant et durable qui seront véritablement jugés.

Cette fois, l’enjeu dépasse les hommes. Il concerne la refondation d’une institution.

 

Par M. DIALLO

RELATED ARTICLES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -
CIAO

Most Popular

Recent Comments