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Simandou 2040 : la Guinée lance l’offensive pour refonder son université avec les projets stratégiques MPS-30 et MPS-32

CONAKRY — L’heure de la rupture a sonné. Ce lundi 27 avril 2026, le gouvernement guinéen a enclenché une réforme majeure de son système universitaire, avec le lancement des mégaprojets MPS-30 et MPS-32, au cœur du programme stratégique Simandou 2040. Une offensive assumée pour en finir avec un mal chronique : le décalage criant entre formation académique et besoins du marché de l’emploi.

Dans une salle réunissant décideurs publics, responsables universitaires, partenaires techniques et acteurs du privé, le message est clair : l’université guinéenne doit cesser de produire des diplômés sans débouchés et devenir un véritable moteur de croissance.

« L’enseignement supérieur doit devenir un levier puissant de transformation économique », a lancé le Directeur général de l’Enseignement supérieur, Sivory Doumbouya, posant les bases d’un virage stratégique. Fort de plus de 140 programmes déjà co-construits depuis 2022, le système entend désormais passer à la vitesse supérieure : structurer, amplifier et ancrer durablement la réforme.

Même tonalité du côté du programme Simandou 2040. Pour son délégué général, Mamadou Angelo Diallo, il ne s’agit plus de former pour former : « Nous ne voulons plus seulement des diplômés, mais des bâtisseurs d’économie. » Une critique frontale d’un modèle jugé longtemps déconnecté des réalités du terrain.

Aux commandes de cette transformation, la ministre de l’Enseignement supérieur, Dre Diaka Sidibé, annonce une réforme « sans précédent ». Le chantier est colossal.

Le projet MPS-32 s’attaque au cœur du système : les contenus pédagogiques. Objectif : revoir chaque programme, les moderniser et les aligner sur les secteurs porteurs — mines, énergie, numérique, intelligence artificielle, BTP.

En parallèle, le MPS-30 introduit un outil inédit en Guinée : un système national d’information sur les compétences et les métiers. Une innovation stratégique pour suivre, enfin, le parcours des diplômés et ajuster l’offre de formation en temps réel.

Pour la Guide du département de l’Enseignement Supérieur, cette date marque un jalon. Avec ces deux mégaprojets, la Guinée amorce un virage stratégique visant à replacer l’enseignement supérieur au cœur de la dynamique de croissance. Le pilier Éducation et Culture du programme Simandou 2040 est ainsi érigé au même rang d’importance que l’exploitation minière elle-même.

L’enjeu est de taille. Selon les projections, le projet Simandou pourrait générer plus de 45 000 emplois directs et indirects d’ici 2030, dans un contexte de croissance économique estimée à 7,2 % en 2025. Une opportunité majeure — à condition que le système éducatif produise les compétences attendues.

Derrière cette réforme, une urgence : sur plus de 15 000 diplômés formés chaque année, moins d’un tiers trouve un emploi dans l’année suivant la sortie; « Cette situation est inacceptable », tranche la ministre. Un diagnostic brutal qui met en lumière une inadéquation structurelle, devenue un frein majeur au développement économique.

Le calendrier est serré. Dès la rentrée 2027, de nouveaux cursus devraient émerger, calibrés sur les métiers d’avenir. L’ambition est double : améliorer l’employabilité et encourager l’auto-emploi, dans un pays où la pression démographique s’intensifie.

Diplômes innovants, passerelles renforcées, cadre national de certification : le gouvernement veut bâtir un écosystème cohérent, capable de répondre aux défis des quinze prochaines années; « Cette réforme curriculaire, présentée comme inédite en Guinée, entend s’étendre à l’ensemble des établissements, publics comme privés, tout en orientant les formations vers les métiers d’avenir ».

Mais au-delà des annonces, c’est la capacité d’exécution qui sera scrutée. « La Guinée de demain se construit aujourd’hui », a insisté Dre Sidibé, appelant à une mobilisation totale.

Au-delà de la révision des programmes, les autorités ambitionnent de mettre le système en conformité avec les standards internationaux, notamment le modèle LMD et les crédits ECTS. La création d’un cadre national des diplômes est également annoncée, tout comme l’introduction de parcours professionnalisants, tels que les diplômes universitaires de technologie.

Des filières stratégiques seront priorisées : numérique et intelligence artificielle, énergie et environnement, mines et géologie, logistique et BTP. Parallèlement, la démarche qualité sera étendue aux établissements privés, dans une logique d’harmonisation et d’exigence.

Au sommet de l’État, ces projets sont présentés comme bien plus que de simples réformes techniques. Ils traduisent une orientation stratégique : faire du capital humain le socle du développement durable.

Inscrite dans la vision du programme Simandou 2040, cette transformation vise à convertir les ressources naturelles du pays en compétences et en valeur ajoutée pour l’économie nationale.

À travers cette réforme, la Guinée affiche une ambition sans équivoque : faire de son capital humain le moteur de sa transformation économique. Le programme Simandou 2040 dépasse ainsi le cadre minier pour s’imposer comme une vision globale de développement, centrée sur l’Homme.

Un pari stratégique. Et un test grandeur nature pour un système universitaire appelé à se réinventer en profondeur.

 

 

Par S.KEÏTA

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