CONAKRY – Alors que le Port Autonome de Conakry tente de rassurer l’opinion à travers un exercice de communication, une question fondamentale demeure : peut-on parler de succès lorsqu’un port stratégique est confronté à des difficultés de fluidité, à des critiques sur ses performances et à des conséquences économiques qui pèsent sur toute la chaîne logistique nationale ?
Face aux inquiétudes suscitées par le récent classement du Container Port Performance Index (CPPI) et aux nombreuses critiques formulées par les opérateurs économiques, la Direction générale du Port Autonome de Conakry (PAC), entourée de ses concessionnaires, a choisi de défendre son bilan lors d’un point de presse organisé le 24 juin.
Le discours officiel repose essentiellement sur une idée : la congestion serait la conséquence directe d’une croissance exceptionnelle du trafic maritime et donc d’une économie guinéenne en pleine expansion. Une lecture qui mérite toutefois d’être nuancée.
Oui, l’augmentation du trafic constitue un indicateur positif pour une économie. Mais un port moderne ne se juge pas uniquement au nombre de navires qui y accostent ou aux volumes de marchandises traités. Il est également évalué sur sa capacité à absorber cette croissance, à réduire les délais, à fluidifier les opérations et à limiter les coûts logistiques.
Lorsqu’une plateforme atteint un niveau de congestion susceptible de ralentir les importations et les exportations, la question n’est plus celle de la croissance, mais celle de l’anticipation et de la gouvernance.
Transformer une faiblesse structurelle en simple conséquence du succès économique ne répond pas aux préoccupations des entreprises, des transitaires, des importateurs et des consommateurs qui supportent quotidiennement les effets des retards et des surcoûts.
Les responsables portuaires estiment que le classement CPPI reflète une situation désormais dépassée, puisqu’il porte sur l’année 2025.
Certes, tout classement mesure une période donnée. Mais il constitue également un signal d’alerte sur les performances opérationnelles observées. Le minimiser sans présenter d’indicateurs précis montrant une amélioration durable risque de laisser penser que les difficultés sont sous-estimées.
Le véritable enjeu n’est pas de contester le classement, mais de démontrer, chiffres à l’appui, que les délais d’attente diminuent, que les temps de passage des marchandises s’améliorent et que les capacités portuaires répondent désormais aux besoins du marché.
Les différents concessionnaires mettent en avant plus de 250 millions d’euros d’investissements, l’extension des quais, l’agrandissement des espaces de stockage et le développement du port sec de Kagbelen.
Cependant, ils ne peuvent constituer à eux seuls une réponse aux difficultés actuelles. Un investissement produit des résultats lorsqu’il améliore concrètement la qualité des services, réduit les délais d’attente et renforce la compétitivité du port.
Le véritable indicateur de réussite reste donc la satisfaction des usagers et l’efficacité opérationnelle.
Au-delà des chiffres, les opérateurs économiques attendent un discours de vérité.
La Direction générale du Port Autonome de Conakry gagnerait davantage en crédibilité en reconnaissant les insuffisances qui ont conduit à la congestion, plutôt qu’en concentrant sa communication sur les performances passées.
Reconnaître les faiblesses ne constitue pas un aveu d’échec. C’est au contraire la première étape d’une réforme crédible.
Les difficultés de coordination entre les acteurs, les capacités limitées de traitement, les contraintes logistiques, la saturation des espaces portuaires et les problèmes d’évacuation des marchandises doivent être abordés avec transparence.
Le Port Autonome de Conakry représente la principale porte d’entrée des marchandises en Guinée.
Chaque ralentissement des opérations se répercute sur les délais d’approvisionnement, les coûts du transport, les prix des produits de première nécessité, la compétitivité des entreprises et les recettes de l’État.
Autrement dit, les contre-performances du port dépassent largement le cadre administratif. Elles concernent directement l’économie nationale.
Dans le contexte actuel de refondation de l’État et de modernisation des infrastructures stratégiques, le fonctionnement du Port Autonome de Conakry mérite une attention particulière des plus hautes autorités.
Le Président Mamadi Doumbouya a fait de la transformation économique et de l’amélioration de la gouvernance publique l’un des axes majeurs de son action. À ce titre, la performance du principal port du pays constitue un enjeu stratégique.
Au-delà des déclarations publiques, les opérateurs économiques attendent désormais des mesures concrètes : un audit des performances, un renforcement de la gouvernance, une accélération des projets d’extension, une meilleure coordination entre les acteurs de la chaîne logistique et un suivi rigoureux des résultats.
La communication institutionnelle ne remplacera jamais la performance opérationnelle.
Le Port Autonome de Conakry dispose d’atouts considérables pour devenir une véritable plateforme logistique régionale. Mais cette ambition passe par une remise en question permanente, une gouvernance efficace et une capacité à transformer les insuffisances actuelles en opportunités de réforme.
Car, au final, ce ne sont ni les conférences de presse ni les discours rassurants qui feront progresser le port, mais des résultats tangibles, mesurables et durables au service de l’économie guinéenne.
Par M. DIALLO






