CONAKRY – C’est un signal d’alarme retentissant pour l’économie guinéenne. Alors que la Guinée affiche des ambitions de puissance minière et attire des milliards de dollars d’investissements, son principal port vient d’enregistrer l’une des plus lourdes contre-performances de la planète.
Selon l’Indice de performance des ports à conteneurs (IPPC 2025), publié par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence, le Port autonome de Conakry (PAC) occupe désormais la 399ᵉ place sur 400 ports évalués dans le monde, soit l’avant-dernier rang du classement mondial.
Une dégringolade spectaculaire qui sonne comme un véritable avertissement pour les autorités et les acteurs économiques du pays.
Les chiffres traduisent l’ampleur du recul.
En 2023, le Port autonome de Conakry figurait encore à la 197ᵉ place mondiale. En 2024, il glissait au 235ᵉ rang, tout en conservant son statut de port le mieux classé d’Afrique de l’Ouest. Mais l’édition 2025 du classement révèle une dégradation sans précédent : le PAC a perdu 164 places en une seule année, basculant quasiment au bas du classement mondial.
L’IPPC, considéré comme la référence internationale en matière de performance portuaire, évalue notamment le temps d’escale des navires, la rapidité des opérations de chargement et de déchargement ainsi que l’efficacité globale des chaînes logistiques. Des indicateurs devenus essentiels dans un contexte de concurrence accrue entre les grandes plateformes maritimes.
Cette contre-performance touche un maillon stratégique de l’économie nationale.
Principale porte d’entrée des importations et point de sortie des exportations guinéennes, le Port autonome de Conakry constitue le cœur logistique du pays. Son manque de compétitivité pourrait avoir des conséquences directes sur l’ensemble de l’activité économique.
Parmi les impacts redoutés : Une augmentation des coûts logistiques liée aux délais d’attente prolongés des navires ; une hausse des prix des produits importés supportée par les consommateurs ; une perte de compétitivité des exportations guinéennes sur les marchés internationaux ; un ralentissement potentiel des investissements étrangers confrontés à des difficultés d’acheminement des marchandises.
Cette situation apparaît d’autant plus préoccupante que la Guinée connaît actuellement un essor sans précédent de son secteur minier.
Porté par le mégaprojet Simandou et les investissements massifs dans les secteurs du fer, de la bauxite et désormais de l’or, le pays ambitionne de devenir l’un des moteurs économiques du continent.
Mais pour de nombreux observateurs, les ressources naturelles à elles seules ne suffisent plus. Sans infrastructures portuaires performantes, la transformation économique espérée risque de se heurter à un sérieux goulot d’étranglement logistique.
Dans un monde où la rapidité des échanges détermine la compétitivité des économies, l’efficacité portuaire est devenue un levier stratégique aussi important que les ressources du sous-sol.
Face à ce classement alarmant, la pression monte désormais sur les autorités en charge des transports maritimes ainsi que sur la direction du Port autonome de Conakry.
Modernisation des infrastructures, digitalisation des procédures, réduction des délais d’escale, amélioration de la gouvernance et renforcement des capacités opérationnelles figurent parmi les chantiers jugés prioritaires pour inverser la tendance.
Car au-delà d’un simple classement, c’est l’image, l’attractivité et la compétitivité de la Guinée qui sont aujourd’hui en jeu.
À l’heure où le pays aspire à devenir un hub économique et industriel majeur en Afrique de l’Ouest, voir son principal port figurer à l’avant-dernière place mondiale constitue un paradoxe préoccupant et un défi majeur pour les années à venir.
Par nimba224.com






