DAKAR – Le Sénégal s’apprête à écrire une page historique du sport africain. Ce samedi 31 octobre 2026, Dakar accueille officiellement les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ), une première sur le continent. Un rendez-vous international censé célébrer la fraternité, le brassage des cultures, la solidarité entre les peuples et les valeurs universelles de l’olympisme.
Mais derrière les discours officiels et les appels à l’hospitalité, une autre réalité, beaucoup moins reluisante, mérite d’être dénoncée : la montée préoccupante des manifestations de xénophobie et des comportements hostiles visant des ressortissants étrangers vivant au Sénégal, particulièrement des Guinéens.
À quelques heures de cette grande fête sportive, le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, s’est adressé à la Nation. Son message est sans équivoque : accueillir les milliers de jeunes venus des quatre coins du monde avec « l’hospitalité légendaire » du Sénégal.
« Je vous demande de les accueillir avec l’hospitalité légendaire qui nous caractérise », a notamment déclaré le chef de l’État, invitant chaque citoyen à devenir un ambassadeur de l’image de son pays.
Il a également insisté sur les gestes les plus simples : un renseignement donné à un étranger, une main tendue ou un sourire. Autant de comportements qui, selon lui, resteront gravés dans la mémoire des visiteurs.
Un discours noble, certes, mais qui soulève une question fondamentale : cette hospitalité tant célébrée s’applique-t-elle uniquement aux visiteurs de passage, aux délégations officielles et aux touristes, ou concerne-t-elle également les milliers de ressortissants étrangers qui vivent, travaillent, étudient et contribuent quotidiennement au développement du Sénégal ?
Car la Teranga ne saurait être une vitrine destinée aux grandes occasions internationales. Elle doit être une valeur vécue au quotidien, sans distinction de nationalité, d’origine ou de condition sociale.
Depuis quelque temps, des comportements de rejet, des propos stigmatisants et des actes rapportés d’hostilité envers des étrangers, notamment des Guinéens, suscitent une vive inquiétude au sein des communautés concernées.
Si ces manifestations ne sauraient être imputées à l’ensemble du peuple sénégalais, dont les liens historiques, humains, culturels et familiaux avec la Guinée sont profondément enracinés, leur multiplication alléguée appelle néanmoins une réaction ferme.
La Guinée et le Sénégal ne sont pas deux peuples étrangers l’un à l’autre. Ils partagent des frontières, une histoire, des familles, des traditions et des relations économiques anciennes. Des milliers de Guinéens vivent au Sénégal, où ils exercent différentes activités professionnelles et participent à la vie économique et sociale.
Dès lors, faire de leur nationalité un motif de discrimination, de suspicion ou d’humiliation constitue une menace pour le vivre-ensemble et pour les relations fraternelles entre les deux pays.
Le président Bassirou Diomaye Faye appelle ses compatriotes à faire preuve de solidarité envers les visiteurs du monde entier. Mais cet appel doit également trouver une traduction concrète dans la protection de toutes les personnes vivant sur le territoire sénégalais.
L’hospitalité ne peut être sélective. Elle ne peut s’exprimer uniquement devant les caméras, à l’occasion d’un événement planétaire, tout en laissant des étrangers exposés à des actes de discrimination ou d’intimidation.
Le Sénégal ne gagnera rien à laisser s’installer un climat de méfiance entre communautés qui ont toujours partagé des liens de fraternité. Au contraire, il risque d’entacher une réputation internationale construite au fil des générations.
Les Jeux olympiques de la jeunesse devraient précisément être l’occasion de rappeler que le sport rassemble, que les différences enrichissent les sociétés et que la dignité humaine ne dépend jamais du passeport que l’on détient.
Face à cette situation, le silence des autorités guinéennes ne saurait être une réponse.
Le gouvernement guinéen, à travers le ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, doit prendre des mesures immédiates et concrètes pour garantir la sécurité et la dignité de ses compatriotes au Sénégal.
Il est notamment urgent de renforcer le dispositif consulaire, de mettre en place un mécanisme accessible de signalement des actes de xénophobie, d’assurer un accompagnement juridique aux victimes et d’engager des consultations diplomatiques avec les autorités sénégalaises.
Les cas d’agression, de discrimination, de menaces ou d’atteintes aux droits des ressortissants guinéens doivent faire l’objet de vérifications sérieuses et, lorsque les faits sont établis, de démarches officielles auprès des autorités compétentes.
La diplomatie guinéenne doit également exiger que les droits fondamentaux de ses ressortissants soient pleinement respectés, conformément aux engagements internationaux et aux principes de fraternité africaine.
Protéger ses citoyens à l’étranger ne relève ni d’une provocation diplomatique ni d’une hostilité envers un pays voisin. C’est une responsabilité régalienne.
À l’heure où les dirigeants africains multiplient les discours sur l’intégration régionale, la libre circulation des personnes et la solidarité entre peuples, la montée des réflexes xénophobes constitue un dangereux recul.
Le Sénégal, qui se réclame de la Teranga, a une responsabilité particulière : préserver cet héritage et démontrer que son hospitalité dépasse les slogans et les cérémonies officielles.
Quant à la Guinée, elle doit comprendre que la fraternité entre États ne saurait justifier l’indifférence face aux souffrances éventuelles de ses ressortissants.
La Teranga ne doit pas être un slogan pour les visiteurs de marque et une illusion pour les étrangers qui vivent au quotidien au Sénégal. Elle doit être une réalité pour tous.
Car on ne peut pas célébrer l’unité africaine dans les stades, tout en tolérant la division et le rejet dans les rues.
La jeunesse africaine mérite mieux. Et les relations historiques entre la Guinée et le Sénégal méritent davantage que des discours de circonstance.
Par nimba224.com






