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Finances publiques, recettes minières, agriculture et investissements : La Ministre Mariama Ciré Sylla veut  inscrire son action dans une nouvelle génération de réformes économiques

CONAKRY- À la tête du ministère de l’Économie, des Finances et du Budget depuis février 2026, Mariama Ciré Sylla incarne une nouvelle étape dans la gouvernance économique guinéenne. Son arrivée intervient à un moment où le pays doit relever un défi décisif : transformer l’accélération attendue de la croissance en ressources publiques mieux mobilisées, en investissements productifs et en emplois durables. 

Ancienne cadre du Groupe de la Banque mondiale, la ministre dispose d’une expérience internationale dans le financement du développement, le secteur privé et la transformation économique. Mais au-delà du parcours, c’est désormais sa capacité à traduire cette expertise en résultats concrets pour les finances publiques guinéennes qui constitue le véritable enjeu.

La Guinée se trouve à un tournant économique. Le développement du secteur minier, notamment avec les perspectives liées à Simandou, ouvre des possibilités considérables, mais impose également une gestion rigoureuse des recettes, des investissements et des équilibres macroéconomiques. La Banque mondiale souligne que la croissance tirée par le minerai de fer pourrait accélérer fortement, tout en rappelant les risques pour une croissance véritablement inclusive.

Dans ce contexte, le ministère des Finances ne peut plus être considéré comme un simple centre de dépenses et de recettes. Il devient le centre de pilotage de la transformation économique, chargé de faire le lien entre les ressources mobilisées, les priorités nationales et les résultats attendus pour les populations.

Des innovations majeures : vers une gestion plus moderne et plus stratégique

1. Faire de la mobilisation des recettes intérieures une priorité nationale

L’un des chantiers les plus structurants consiste à renforcer les recettes fiscales et à améliorer la gestion des dépenses publiques. Le nouveau cadre de partenariat entre la Guinée et le Groupe de la Banque mondiale prévoit notamment un projet de 75 millions de dollars consacré à la mobilisation des recettes intérieures et à la gestion des dépenses publiques. L’objectif affiché est de moderniser l’administration des recettes, d’améliorer la gestion de la dette et de faire progresser le ratio recettes fiscales/PIB de 12,1 % à 15 % d’ici 2031.

Cette orientation constitue une innovation majeure dans l’approche budgétaire : ne plus seulement chercher à dépenser davantage, mais renforcer durablement la capacité de l’État à financer ses propres priorités.

2. Préparer la Guinée à mieux gérer les recettes futures de Simandou

L’exploitation des ressources minières ne peut produire tous ses effets que si les revenus générés sont intégrés dans une stratégie de développement cohérente. Le projet de mobilisation des recettes et de gestion des dépenses publiques annoncé par la Banque mondiale est précisément conçu pour aider la Guinée à consolider ses bases budgétaires en prévision des recettes futures de Simandou.

Pour Mariama Ciré Sylla, l’enjeu est donc de faire de la richesse minière un levier de diversification économique, d’infrastructures et de services publics, plutôt qu’une simple source de recettes conjoncturelles.

3. Mettre l’agriculture et l’élevage au cœur de la diversification économique

L’une des initiatives les plus récentes est le lancement du Pacte AgriConnect Guinée, annoncé le 30 avril 2026 en partenariat avec le Groupe de la Banque mondiale. Ce cadre stratégique vise à transformer les systèmes agroalimentaires, renforcer la sécurité alimentaire, créer des emplois et positionner l’agriculture comme un moteur de croissance inclusive.

Le pacte s’inscrit dans le programme Simandou 2040 et prévoit notamment une meilleure coordination entre les pouvoirs publics, les partenaires techniques et financiers, le secteur privé et les organisations de producteurs. À l’horizon 2030, il ambitionne de contribuer à la réduction de la dépendance aux importations de produits de base, notamment le riz et les produits avicoles, tout en développant les chaînes de valeur agricoles.

Cette orientation marque une évolution importante : la diversification économique ne doit plus être un simple discours, mais une politique coordonnée reliant agriculture, financement, industrie et emploi.

4. Relier les financements du développement aux compétences et à l’emploi

Le nouveau cadre de partenariat avec la Banque mondiale prévoit également 102 millions de dollars pour le programme SIRA, consacré aux compétences, à l’innovation et à la résilience. Ce programme doit moderniser l’enseignement secondaire, développer la formation technique et professionnelle et renforcer l’insertion des jeunes dans des secteurs prioritaires comme l’agroalimentaire, l’énergie et le numérique.

À cela s’ajoutent 116 millions de dollars destinés à la deuxième phase du Projet de développement de l’agriculture commerciale. L’ensemble traduit une approche plus intégrée du financement du développement, où les investissements doivent être reliés à la création d’emplois et à la transformation productive.

Le parcours de Mariama Ciré Sylla constitue un atout pour ce chantier. Avant son entrée au gouvernement, elle a notamment été représentante résidente du Groupe de la Banque mondiale en Namibie, représentante pays de la Société financière internationale au Burundi et coordinatrice régionale de la SFI pour les États fragiles et touchés par des conflits en Afrique de l’Ouest et au Sahel.

Son expérience dans le secteur privé, notamment chez Maersk Line, Safmarine Lines, BRED Bank et KPMG, lui a également permis de travailler sur les questions de financement, de stratégie commerciale et de développement des entreprises.

Cette double connaissance des institutions internationales et du secteur privé pourrait favoriser un dialogue plus efficace avec les partenaires techniques et financiers. Mais la crédibilité d’une ministre des Finances se mesure surtout à sa capacité à transformer les engagements financiers en résultats visibles, vérifiables et durables.

La nomination de Mariama Ciré Sylla intervient également dans un contexte où la modernisation de la gestion publique devient une priorité. La Banque mondiale identifie plusieurs domaines de réforme : amélioration de l’efficacité des contrôles fiscaux, renforcement de la base de données des contribuables, amélioration de la déclaration et du paiement des impôts, et approfondissement de la numérisation de l’administration des recettes. 

Ces orientations dessinent les contours d’une administration financière plus moderne, plus transparente et davantage tournée vers la performance. Elles posent aussi une exigence : chaque réforme doit pouvoir être évaluée à l’aune de ses effets sur les recettes, les dépenses et la qualité des services publics.

Le véritable test : passer de l’expertise aux résultats

Pour Mariama Ciré Sylla, l’équation est claire : préserver les équilibres budgétaires tout en répondant aux besoins d’une population qui attend des emplois, des infrastructures, des services publics performants et une amélioration de son pouvoir d’achat.

Son arrivée au ministère des Finances marque ainsi une volonté de conjuguer rigueur financière, mobilisation des ressources et transformation économique. Mais le véritable tournant ne se jouera pas uniquement dans les annonces ou les partenariats : il se mesurera dans la capacité de l’État à mieux collecter, mieux planifier, mieux investir et mieux rendre compte.

La Guinée dispose d’un potentiel économique considérable. Le défi de Mariama Ciré Sylla est désormais de faire en sorte que ce potentiel se traduise en prospérité partagée.

 

Par O.BANGOURA

 

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