dimanche, novembre 1, 2026
AccueilACTUALITÉSSIGUIRI : COUP D’ARRÊT À L’ORPAILLAGE ARTISANAL, L’ÉTAT FACE AU DÉSASTRE ÉCOLOGIQUE...

SIGUIRI : COUP D’ARRÊT À L’ORPAILLAGE ARTISANAL, L’ÉTAT FACE AU DÉSASTRE ÉCOLOGIQUE ET À L’URGENCE SOCIALE !

SIGUIRI – C’est un véritable coup de frein qui vient d’être donné à l’activité aurifère artisanale dans l’une des principales zones de production d’or de Guinée. À Siguiri, dans le nord-est du pays, l’orpaillage artisanal est provisoirement suspendu sur décision des autorités régionales. La mesure a été annoncée dans un communiqué du gouvernorat, daté du jeudi 29 octobre 2026.

Derrière cette décision se dessine un constat alarmant : l’exploitation anarchique de l’or, particulièrement à travers l’utilisation d’engins lourds, a atteint un niveau de dégradation environnementale qui appelle désormais des mesures urgentes.

Au cœur de cette suspension figure notamment l’utilisation persistante de machines et d’engins lourds, en particulier les pelles mécaniques, pourtant frappées d’interdiction par le gouvernement depuis mars dernier en raison de leurs conséquences dévastatrices sur l’environnement.

Malgré cette mesure, les activités mécanisées se sont poursuivies sur plusieurs sites aurifères, contribuant à la dégradation des sols et à la destruction des espaces naturels.

Cette situation met également en lumière les difficultés de l’État à faire respecter ses propres décisions sur le terrain. En juin dernier, les autorités avaient déjà procédé à la suspension de responsables administratifs et d’une centaine de fonctionnaires de la région, auxquels il était reproché de n’avoir pas veillé à l’application effective de l’interdiction des engins concernés.

Une succession de mesures administratives qui révèle l’ampleur des défaillances dans le contrôle des activités minières artisanales.

Depuis plusieurs années, les organisations et mouvements de défense de l’environnement tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences de l’orpaillage incontrôlé à Siguiri.

La destruction des terres cultivables, la dégradation des paysages, la perturbation des écosystèmes et la pollution des cours d’eau constituent autant de menaces pour les communautés locales.

Pour ces organisations, la suspension provisoire représente un premier signal encourageant face à une catastrophe écologique qui compromet non seulement les activités agricoles, mais également les conditions de vie des générations présentes et futures.

Car derrière chaque site d’exploitation abandonné se pose une question essentielle : Que restera-t-il des terres de Siguiri lorsque les ressources aurifères auront été extraites ?

Mais si la décision des autorités répond à une urgence environnementale, ses conséquences économiques et sociales ne sont pas négligeables.

À Siguiri, l’orpaillage artisanal constitue une importante source de revenus pour des centaines de milliers de personnes. Des familles entières dépendent directement ou indirectement de cette activité pour leur subsistance.

La suspension risque donc de provoquer une onde de choc économique dans les communautés minières, avec des répercussions sur les revenus des exploitants, des travailleurs, des commerçants et de nombreux autres acteurs de l’économie locale.

L’équation est particulièrement complexe : protéger l’environnement sans sacrifier les populations qui vivent de l’exploitation aurifère.

Les autorités indiquent que la reprise de l’orpaillage artisanal interviendra après l’élaboration et la mise en place d’une nouvelle réglementation destinée à mieux encadrer les activités et à renforcer la protection de l’environnement.

Reste désormais à savoir si cette suspension débouchera sur une véritable réforme du secteur ou si elle ne constituera qu’une nouvelle mesure temporaire, sans effets durables sur les pratiques dénoncées depuis des années.

L’enjeu dépasse largement les frontières de Siguiri. Il concerne la gouvernance des ressources naturelles, la responsabilité des exploitants, le contrôle des sites miniers et la capacité de l’État à concilier développement économique et préservation du patrimoine écologique national.

L’or ne doit pas se transformer en condamnation écologique pour Siguiri. La richesse minière de la Guinée ne saurait justifier la destruction irréversible de ses terres, de ses cours d’eau et des moyens de subsistance de ses populations.

La suspension est donc un premier acte. Le véritable défi sera de faire respecter durablement les règles, de responsabiliser les exploitants et de proposer des alternatives économiques aux milliers de familles qui dépendent de cette activité.

À Siguiri, l’or peut attendre. L’environnement, lui, ne peut plus se permettre d’attendre.

 

 

Par F.KEÏTA

RELATED ARTICLES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -
CIAO

Most Popular

Recent Comments