CONAKRY – Ce qui devait être une affaire de recouvrement s’est transformé en scène de violence. Dans les bureaux d’EDG-Taouyah, des agents racontent avoir vécu une intervention particulièrement brutale, dont les conséquences continuent de provoquer colère et consternation au sein de la société.
Vendredi dernier, des hommes en uniforme se seraient introduits dans les locaux de l’agence et auraient entrepris de faire évacuer les bureaux avant de procéder à leur cadenassage. Selon plusieurs témoignages recueillis auprès des travailleurs, l’opération aurait rapidement dégénéré. Des agents auraient été frappés, certains interpellés et plusieurs téléphones portables confisqués.
Parmi les victimes, une femme enceinte aurait été prise à partie. En tentant de s’interposer pour la protéger, la déléguée régionale d’EDG, Hadja Mbalou Magassouba, affirme avoir elle-même été violemment agressée.
Le récit de la responsable est particulièrement saisissant; « Quand j’ai vu une de nos agents en état de famille être frappée, je me suis interposée et je l’ai couverte de mon corps pour la protéger. C’est ainsi qu’ils se sont acharnés sur moi. Je ne me suis réveillée qu’à l’hôpital », témoigne-t-elle.
Selon elle, les faits se seraient déroulés sous les yeux de riverains, « On nous a agressés sous les yeux des voisins du quartier, pour un simple acte de recouvrement dans l’exercice de nos fonctions », dénonce-t-elle.
Le bilan avancé par les agents fait état d’au moins trois personnes gravement blessées et hospitalisées.
À l’origine de l’affaire, un différend qui remonte à plusieurs mois.
Dans le cadre de la campagne nationale d’installation des compteurs prépayés, EDG aurait engagé des démarches auprès de la mairie de Ratoma. Mais après plus de trois mois de discussions et face à ce que la société considère comme un rejet persistant des opérations de recouvrement, la Direction d’EDG aurait décidé de suspendre l’alimentation électrique des installations de la commune.
Une décision qui aurait déclenché le bras de fer.
Une convocation visant le responsable technique de l’agence de Taouyah aurait ensuite été émise par la gendarmerie. Alors que la direction régionale s’apprêtait à répondre à cette convocation, des éléments des forces de l’ordre auraient choisi de se rendre directement dans les locaux d’EDG.
C’est là que la situation aurait basculé.
Autre volet particulièrement sensible de l’affaire : les téléphones portables.
D’après les témoignages recueillis, plusieurs appareils auraient été confisqués pendant l’intervention, empêchant les agents de filmer les événements.
Plus troublant encore, l’un des téléphones aurait été restitué à son propriétaire à la condition que les vidéos enregistrées pendant l’agression soient supprimées.
D’autres appareils contenant des séquences filmées au moment des faits resteraient, selon les mêmes sources, confisqués.
Ces affirmations, qui devront être établies par les investigations compétentes, ajoutent une dimension supplémentaire à une affaire déjà explosive.
Face à la gravité des accusations, le collège syndical d’EDG et la Direction générale se sont rendus au chevet des victimes.
Pour les travailleurs, l’enjeu dépasse désormais le seul conflit autour de la fourniture d’électricité. Il s’agit de savoir si des agents d’un service public peuvent être agressés dans l’exercice de leurs fonctions sans qu’aucune suite ne soit donnée.
La déléguée régionale appelle ainsi à une réaction ferme ; « Nous nous en remettons à la sagesse de notre Direction générale et de notre syndicat, mais nous tenons à ce qu’il soit mis fin définitivement à ces bavures contre les agents du service public », insiste-t-elle.
C’est désormais toute la question.
Un différend commercial et administratif autour de factures, de recouvrement et de compteurs prépayés a débouché sur des accusations de violences physiques, des hospitalisations et des confiscations de téléphones.
Au-delà des blessures, c’est le fonctionnement même du service public qui est désormais fragilisé. La paralysie des bureaux de l’agence et les tensions persistantes pourraient affecter les opérations de recouvrement et, par ricochet, les recettes de l’entreprise.
Une affaire qui appelle désormais des explications claires sur le déroulement exact de l’intervention, les responsabilités de chacun et les suites qui seront réservées aux accusations formulées par les agents d’EDG.
Par Lans YANS






