CONAKRY – Le procès s’annonce explosif. Poursuivis pour faux et usage de faux, escroquerie et complicité, Fodé Kéïta et Mamadou Samba Diallo ont comparu ce mardi 5 mai 2026 devant le tribunal de première instance de Kaloum, dans une affaire de retraits frauduleux évalués à près de 200 millions de francs guinéens.
Au cœur du dossier : l’utilisation présumée d’une fausse pièce d’identité pour soutirer 180 millions GNF à la Banque Islamique de Guinée (BIG) et 19 millions GNF à Ecobank Guinée. À la barre, les deux prévenus ont affiché des lignes de défense diamétralement opposées, révélant une affaire aux zones d’ombre persistantes.
Fodé Kéïta, seul détenu dans ce dossier depuis son inculpation le 2 septembre 2025, a reconnu les faits sans détour. Il admet avoir effectué les retraits frauduleux sous de fausses identités, citant notamment les noms de Mamadou Samba Diallo et d’Aboubacar Condé.
Face au tribunal, il détaille : « J’ai retiré 19 millions à Ecobank et 180 millions à la Banque Islamique. J’ai remis 10 millions à Mamadou Samba Diallo, l’agent qui m’a aidé. Le reste, je l’ai donné à mon ami Jean. Moi, je n’ai rien gagné. »
Une version catégoriquement rejetée par son coaccusé. Mamadou Samba Diallo, ancien agent commercial et ex-chef d’agence à la BIG, comparaît libre et nie toute implication dans un quelconque réseau frauduleux.
Il soutient avoir respecté les procédures lors de l’opération : « Le client s’est présenté avec un chèque. J’ai vérifié, appelé le donneur d’ordre et validé après confirmation. Je n’ai reçu aucun argent », affirme-t-il, rejetant les accusations de complicité.
Mais les interrogations du parquet fragilisent sa défense, notamment sur des incohérences relevées dans les signatures apposées sur le chèque. « Vous ne les avez pas remarquées ? », insiste le procureur. « Non », répond le prévenu, suscitant le scepticisme de l’accusation.
Dans un échange tendu, le ministère public va plus loin : « Dites simplement que, pour 10 millions, vous avez fermé les yeux. » Une accusation que Mamadou Samba Diallo balaie fermement, assurant n’avoir perçu aucune somme.
L’affaire révèle également l’existence d’un troisième personnage clé : un certain « Jean », présenté comme le cerveau présumé, qui aurait confectionné la fausse pièce d’identité et récupéré la majeure partie des fonds. Une version qui intrigue le tribunal, d’autant que le prévenu affirme que cet individu serait… plombier.
Face à la complexité du dossier, le parquet a demandé la production de l’original du chèque litigieux et requis le placement sous mandat de dépôt de Mamadou Samba Diallo, au nom du principe d’égalité entre les prévenus. Une requête finalement rejetée par le tribunal, présidé par la juge Fanta Alama Camara.
Dans sa décision, la juridiction a ordonné la production de la pièce centrale du dossier, tout en maintenant Mamadou Samba Diallo en liberté provisoire.
L’affaire a été renvoyée au 12 mai 2026 pour la suite des débats. Un nouveau rendez-vous judiciaire qui pourrait s’avérer décisif dans ce dossier où aveux, dénégations et zones d’ombre continuent de s’entrechoquer.
Par nimba224.com






