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SIMANDOU 2040 : 18 MILLIARDS DE DOLLARS SUR LA TABLE, LA GUINÉE JOUE SON PARI AGRICOLE

CONAKRY — 18 milliards de dollars. Le chiffre donne le vertige. Mais derrière cette enveloppe spectaculaire annoncée dans le cadre du pilier Agriculture, Industrie Alimentaire et Commerce de Simandou 2040, une question s’impose : où trouver l’argent et surtout qui acceptera de le mettre sur la table ?

Lancé le 5 juin 2026 au Palais du Peuple, en présence du ministre directeur de cabinet de la Présidence, Djiba Diakité, et du ministre secrétaire général à la Présidence, le programme affiche une ambition sans précédent pour le secteur agricole guinéen.

Mais le gouvernement ne compte pas porter seul cette facture. Le mécanisme repose sur une règle simple : 30 % pour l’État, 70 % pour le secteur privé.

Autrement dit, sur les quinze prochaines années, l’État devra créer suffisamment de confiance pour attirer des investisseurs guinéens et étrangers capables de financer l’essentiel de cette transformation.

Contrairement à ce que pourrait laisser croire l’annonce, les 18 milliards de dollars ne constituent pas une enveloppe unique immédiatement disponible.

Ils correspondent à un portefeuille de neuf projets stratégiques et cinq réformes structurelles, présentés par la ministre de l’Agriculture, Aminata Kaba.

L’ambition est de s’attaquer aux faiblesses qui plombent depuis longtemps le potentiel agricole du pays : morcellement des exploitations, faible mécanisation, insuffisance des infrastructures, difficultés d’accès aux marchés et faible capacité de transformation.

La Guinée dispose pourtant de sérieux atouts : 13,7 millions d’hectares de terres arables, d’importantes ressources hydriques et une population majoritairement jeune.

Le problème n’est donc pas seulement de produire, Il faut désormais produire, transformer, conserver, transporter et vendre. Le programme prévoit notamment le développement de onze parcs agro-industriels à travers le pays. Ces pôles doivent intégrer des unités de transformation, des plateformes logistiques et des laboratoires de contrôle qualité.

Une rupture avec le modèle traditionnel est recherchée : celui d’une agriculture qui produit beaucoup de matières premières mais en transforme encore trop peu localement.

À terme, le gouvernement veut faire émerger de véritables chaînes de valeur capables de connecter le producteur guinéen aux marchés nationaux, régionaux et internationaux.

Le chiffre le plus important n’est peut-être pas 18 milliards; C’est 70 % et cette proportion représente la part que le secteur privé est appelé à mobiliser dans le financement du pilier agricole.

Le pari est donc considérable : transformer l’argent public en effet de levier capable d’attirer plusieurs fois son montant en capitaux privés.

Pour y parvenir, le gouvernement mise notamment sur la création et la structuration de 5 000 coopératives agricoles d’ici 2030, ainsi que sur le développement d’une centaine d’agrégateurs. Le principe est de sortir les petits producteurs de l’isolement en les connectant à des chaînes d’approvisionnement structurées.

Des initiatives privées comme Grenier de Guinée et la Fruitière de Daboya montrent déjà qu’une agriculture organisée autour de la production, de l’agrégation et de l’exportation est possible. Le défi consiste maintenant à changer d’échelle. 20 000 kilomètres de pistes : le nerf de la guerre, Car aucune révolution agricole ne peut fonctionner sans routes.

Le programme prévoit ainsi 20 000 kilomètres de pistes rurales à construire ou réhabiliter, auxquels doivent s’ajouter des centres de collecte, des chaînes de froid et des plateformes de conditionnement.

Un investissement crucial dans un pays où l’éloignement des zones de production constitue encore un frein majeur à la commercialisation des produits agricoles.

À quoi sert de récolter si la production ne peut pas rejoindre le marché ?

C’est précisément cette équation que Simandou 2040 entend résoudre.

Dans ce modèle, le rôle de l’État ne se résume donc plus à financer. Il devra sécuriser, réglementer, faciliter et rassurer.

La stabilité juridique, la prévisibilité des règles, la transparence dans le suivi des projets et la rapidité des procédures seront déterminantes pour convaincre les investisseurs.

Une plateforme numérique dédiée au programme, simandou2040.gn, doit notamment permettre de suivre l’avancement des projets.

Mais les investisseurs regarderont surtout la réalité du terrain.

Car les expériences précédentes de la Guinée avec certains financements internationaux ont révélé des difficultés persistantes : retards administratifs, lenteur dans la mise en vigueur des accords et difficultés dans la mise en place des équipes de projets.

Pour attirer 70 % de financements privés, la Guinée devra donc aller beaucoup plus vite que ses propres lenteurs administratives.

L’initiative Agro-Tour 2026, qui a conduit la ministre Aminata Kaba auprès des producteurs, notamment à Mandiana, illustre la volonté d’ancrer le programme dans les réalités rurales.

Des partenaires internationaux commencent également à positionner leurs financements. La Banque mondiale prévoit notamment 116 millions de dollars pour le Projet de Développement de l’Agriculture Commerciale en Guinée dans le cadre de son nouveau Cadre de partenariat pays 2027-2033.

Mais ces contributions ne suffiront pas à elles seules. Le cœur du dispositif reste le financement privé; Et c’est là que se trouve le véritable défi de Simandou 2040.

18 milliards de dollars peuvent transformer l’agriculture guinéenne. Mais 18 milliards annoncés ne valent rien sans investissements effectivement mobilisés, projets effectivement lancés et infrastructures effectivement livrées.

Le succès du modèle 30/70 se mesurera donc moins dans les salles de conférence que dans les campagnes : des pistes rurales praticables, des coopératives structurées, des usines qui tournent, des produits transformés en Guinée et des emplois créés.

Simandou 2040 joue ainsi une partie décisive de son avenir sur ses terres agricoles.

Le pari est immense. Le financement est colossal. Désormais, les investisseurs attendent des preuves.

 

Par F. KEÏTA

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