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MASSACRE DU 28 SEPTEMBRE : 17 ANS APRÈS, LA PLAIE RESTE OUVERTE, LES VICTIMES RÉCLAMENT LA SUITE DE LA JUSTICE

CONAKRY — Dix-sept ans après le massacre du 28 septembre 2009, le temps n’a pas effacé les blessures. Il n’a pas non plus dissipé les attentes des victimes et de leurs familles. Ce lundi 28 septembre 2026, à Conakry, l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009 (AVIPA), la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et du citoyen (OGDH) ont remis le dossier au centre de l’actualité.

Face à la presse, le message est sans ambiguïté : le verdict du 31 juillet 2024 a marqué une étape majeure, mais il ne saurait constituer le point final.

Deux ans après ce jugement qui a notamment retenu la qualification de crimes contre l’humanité à l’encontre de plusieurs accusés, la procédure d’appel concernant les principaux condamnés n’est toujours pas programmée. Une attente qui inquiète profondément les victimes.

Pour Asmaou Diallo, présidente de l’AVIPA, cette situation ne peut laisser indifférent ; « Deux ans après le jugement du 31 juillet 2024, le procès en appel concernant les principaux condamnés n’a toujours pas été programmé. Cette attente constitue aujourd’hui une préoccupation majeure pour les victimes et leurs familles. »

Derrière la bataille judiciaire, il y a surtout des vies brisées; Selon les chiffres rappelés par l’AVIPA, au moins 156 personnes ont été tuées, plusieurs dizaines portées disparues et plus d’une centaine de femmes victimes de viols et d’autres formes de violences sexuelles.

Mais pour Asmaou Diallo, ces chiffres ne doivent jamais devenir de simples statistiques ; « Derrière ces chiffres, il y avait des vies : des pères, des mères, des fils, des filles, des époux, des épouses », a-t-elle rappelé.

Certaines familles attendent toujours des réponses. Des survivants continuent de porter les séquelles physiques et psychologiques de cette journée. Et les victimes de violences sexuelles demeurent confrontées aux conséquences d’un drame dont les traces dépassent largement le cadre du procès.

Dix-sept ans après, l’AVIPA refuse donc que l’usure du temps devienne une seconde injustice.

L’État guinéen a mobilisé, selon l’AVIPA, 119 milliards de francs guinéens pour l’indemnisation des victimes reconnues par le jugement.

Mais sur le terrain, le processus avance à un rythme jugé préoccupant par l’association.

En mai 2026, moins de 200 victimes auraient effectivement reçu une indemnisation, alors que de nombreuses familles affirment manquer de visibilité sur les critères, les modalités et le calendrier de la procédure.

Pour l’AVIPA, l’enjeu dépasse largement la dimension financière ; « Réparer ne signifie pas seulement remettre un chèque. Réparer, c’est aussi soigner. Réparer, c’est accompagner psychologiquement. Réparer, c’est reconnaître la souffrance. Réparer, c’est restaurer la dignité. Et réparer, c’est aussi préserver la mémoire », a insisté Asmaou Diallo.

L’association réclame notamment la publication d’un état actualisé des indemnisations, la clarification des critères d’éligibilité et la mise en place de mécanismes de recours accessibles.

Dans cette bataille pour la justice, l’AVIPA entend également maintenir la pression sur le volet international; Asmaou Diallo rappelle que la Guinée et le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale ont conclu en 2022 un mémorandum concernant les événements du 28 septembre 2009.

Selon elle, cet accord prévoit notamment une coopération destinée à favoriser l’établissement des responsabilités, tout en préservant l’indépendance de la justice nationale.

Mais le mémorandum prévoit également, selon l’AVIPA, la possibilité pour le Bureau du Procureur de réévaluer sa position sur la complémentarité en cas de changements significatifs compromettant l’avancement des procédures, de sanctions inefficaces ou disproportionnées, d’obstruction ou encore de retard injustifié.

Pour les victimes, le message est donc clair : la surveillance internationale doit rester active, « Il est essentiel que les engagements contenus dans ce mémorandum conservent toute leur portée et que la Cour pénale internationale continue de suivre attentivement l’évolution du dossier », a déclaré Asmaou Diallo.

Autre symbole au cœur du plaidoyer : le stade du 28 Septembre.

L’infrastructure, profondément rénovée, s’apprête à retrouver sa vocation sportive. Une évolution saluée par l’AVIPA, qui estime que la jeunesse guinéenne doit pouvoir bénéficier pleinement de cet équipement.

Mais derrière les tribunes et les infrastructures rénovées demeure une mémoire douloureuse. Pour l’association, la modernisation du stade ne doit pas entraîner l’effacement de ce qui s’y est passé.

« Un stade peut être à la fois un lieu de sport, de rassemblement et un lieu de mémoire. La rénovation des murs ne doit pas effacer l’histoire qui s’est déroulée entre ces murs », a déclaré la présidente de l’AVIPA.

Au-delà du procès, l’AVIPA appelle à tirer les leçons de cette tragédie pour renforcer durablement la protection des droits humains et des libertés publiques.

Car le véritable enjeu, selon l’association, est aussi d’empêcher que l’histoire ne se répète, « Les événements du 28 septembre nous ont enseigné que la protection des libertés publiques et la prévention des violations des droits humains doivent être permanentes », a rappelé Asmaou Diallo.

Le verdict a été rendu. Des condamnations ont été prononcées. Des milliards ont été annoncés pour indemniser les victimes. Mais l’appel reste attendu, les réparations se poursuivent et la mémoire demeure une exigence.

Pour les victimes et leurs familles, le temps écoulé ne saurait remplacer la justice.

Le 28 septembre 2009 appartient à l’histoire de la Guinée. Mais, dix-sept ans plus tard, ses victimes réclament toujours que cette histoire soit écrite jusqu’à son dernier chapitre : vérité, justice, réparation et mémoire.

 

Par nimba224.com

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