CONAKRY – L’étau judiciaire se resserre autour de l’ancien Premier ministre Dr Ibrahima Kassory Fofana. Devant la Chambre spéciale des appels de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), le ministère public a demandé, ce jeudi 18 juin 2026, la confirmation pure et simple de la condamnation prononcée en première instance contre l’ex-chef du gouvernement guinéen.
Au cours d’une audience consacrée aux réquisitions et plaidoiries, les représentants du parquet ont défendu le maintien du jugement qui avait condamné Dr Kassory Fofana à cinq ans d’emprisonnement ferme, au paiement d’une amende de deux milliards de francs guinéens, ainsi qu’au remboursement de sommes jugées indûment utilisées.
Pour le ministère public, les charges retenues contre l’ancien Premier ministre demeurent suffisamment établies pour justifier la confirmation de sa condamnation pour détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux.
Au-delà de la peine privative de liberté et de l’amende, le jugement attaqué avait également ordonné à l’ancien chef du gouvernement de rembourser 15 milliards de francs guinéens à titre principal et de verser trois milliards de francs guinéens à l’État à titre de dommages et intérêts.
C’est cette décision que Dr Kassory Fofana tente de faire annuler depuis son appel interjeté le 4 avril 2024 devant la juridiction d’appel de la CRIEF.
Mais face à lui, l’État guinéen affiche une position inflexible.
Intervenant au nom de l’Agent judiciaire de l’État, Me Pépé Antoine Lamah a demandé à la Cour de confirmer l’intégralité de la décision rendue en première instance. L’avocat est allé plus loin en sollicitant une amende supplémentaire de 20 millions de francs guinéens contre l’ancien Premier ministre, estimant que son appel revêt un caractère abusif.
Dans son argumentaire, la partie civile est revenue en détail sur la gestion des ressources allouées à la Mission d’appui à la mobilisation des ressources intérieures (MAMRI).
Selon les conclusions présentées devant la Cour, les investigations auraient révélé qu’environ 15 milliards de francs guinéens ont été utilisés à des fins autres que celles initialement prévues. La partie civile soutient notamment que près de 93 % des fonds auraient servi à des dépenses de fonctionnement, alors qu’ils étaient destinés à financer des investissements.
Les débats ont également porté sur le transfert de trois milliards de francs guinéens de la MAMRI vers l’Agence nationale d’inclusion économique et sociale (ANIES), une opération que l’État considère comme un élément majeur du dossier.
Sur le volet de l’enrichissement illicite, la partie civile estime que plusieurs avoirs attribués à l’ancien Premier ministre seraient incompatibles avec les revenus officiellement déclarés durant son exercice à la tête du gouvernement.
Les débats ont notamment porté sur l’existence de plus de 900 000 dollars américains et de plus de 900 000 euros logés sur des comptes bancaires en Guinée.
Selon l’État, les justifications avancées par Dr Kassory Fofana concernant l’origine de ces fonds n’auraient pas permis d’établir de manière convaincante leur provenance.
Concernant les accusations de blanchiment de capitaux, les représentants de l’État ont évoqué des mouvements financiers effectués par versements fractionnés ainsi qu’une insuffisante traçabilité de certaines opérations financières.
Parmi les actifs évoqués au cours des débats figurent notamment plus d’un milliard de francs guinéens, des centaines de milliers de dollars et d’euros ainsi que plusieurs biens immobiliers.
À l’issue des réquisitions et plaidoiries, la partie civile a demandé à la Chambre spéciale des appels de rejeter l’ensemble des arguments de la défense et de confirmer intégralement la condamnation prononcée contre l’ancien Premier ministre.
Cette audience marque une étape cruciale dans l’un des dossiers les plus emblématiques portés devant la CRIEF depuis sa création. Désormais, l’attention se tourne vers la décision de la Cour, qui devra dire si la condamnation de l’ancien chef du gouvernement sera maintenue, révisée ou annulée.
Pour Dr Ibrahima Kassory Fofana, l’heure du verdict approche et avec elle l’issue d’une bataille judiciaire aux lourdes implications politiques et financières.
Par F. KEÏTA






