CONAKRY – La solidarité africaine ne saurait justifier le pillage des ressources naturelles ni la destruction de l’environnement guinéen. C’est le message ferme que le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, Morissanda Kouyaté, a adressé ce jeudi aux diplomates accrédités en Guinée. Au cœur de cette sortie diplomatique : l’exploitation clandestine de l’or à Siguiri, les dégâts environnementaux qui en découlent et les interpellations de ressortissants étrangers impliqués dans ces activités.
Face aux représentants des missions diplomatiques, le chef de la diplomatie guinéenne a voulu lever toute ambiguïté sur la position de Conakry : la Guinée demeure attachée aux idéaux panafricains, mais elle n’entend pas tolérer que cette fraternité soit instrumentalisée pour porter atteinte à sa souveraineté, à ses ressources naturelles et à ses intérêts nationaux.
D’entrée de jeu, le ministre a rappelé la vision panafricaine défendue par le président de la République, Mamadi Doumbouya, fondée sur la solidarité entre les peuples africains, le respect mutuel et la coopération entre les États.
Pour illustrer cette orientation, il a évoqué la crise malienne et les sanctions imposées par la CEDEAO, notamment la fermeture des frontières destinée à exercer une pression économique sur le Mali. Selon Morissanda Kouyaté, le président Mamadi Doumbouya avait alors refusé que la Guinée participe à cette mesure, au nom de la solidarité avec ce pays frère.
Mais cette solidarité, a-t-il implicitement rappelé, ne doit jamais être confondue avec une renonciation à l’autorité de l’État ou une tolérance envers les activités illégales.
C’est surtout la situation de l’exploitation aurifère clandestine à Siguiri qui a dominé les échanges.
Le ministre a dénoncé les conséquences particulièrement préoccupantes de ces activités sur l’environnement et les populations riveraines. Déversements de cyanure, déforestation, pollution des cours d’eau et mortalité animale : il a dressé un tableau alarmant des dégâts attribués à ces pratiques.
Pour les autorités guinéennes, cette situation constitue une menace pour le patrimoine naturel du pays et compromet les efforts engagés en faveur d’une exploitation minière plus responsable.
Morissanda Kouyaté a notamment établi un parallèle avec le programme Simandou 2040. Il a rappelé que les autorités guinéennes ont consacré plusieurs mois de négociations avec leurs partenaires afin d’imposer des exigences environnementales dans le cadre des grands projets miniers.
Dès lors, le gouvernement ne comprendrait pas que des exploitants clandestins puissent continuer à dégrader les ressources naturelles du pays alors que des efforts considérables sont déployés pour encadrer les investissements miniers et protéger l’environnement.
Autre dossier sensible abordé devant les diplomates : les interpellations de ressortissants étrangers dans le cadre de la lutte contre l’exploitation minière illégale.
Selon les précisions du ministre, plusieurs nationalités sont concernées, notamment des Maliens, Burkinabè, Ivoiriens, Togolais, Ghanéens, Nigérians, Béninois, Vietnamiens, Indiens, Sierra-Léonais et Camerounais.
Les personnes concernées auraient été poursuivies pour différents faits, notamment l’exploitation minière illégale, la dégradation de l’environnement, l’exercice d’activités professionnelles sans autorisation et la traite des êtres humains.
Le chef de la diplomatie a également tenu à souligner le traitement réservé à certains ressortissants interpellés. Sur instruction du président de la République, a-t-il expliqué, des personnes concernées ont été remises aux représentants consulaires et diplomatiques de leurs pays respectifs, dans le souci de préserver les relations de fraternité et de coopération.
Il a notamment cité le cas de ressortissants maliens remis à leurs autorités consulaires en juillet 2026. Mais la reprise des activités clandestines quelques mois après ces opérations semble avoir ravivé les préoccupations des autorités guinéennes.
Pour Morissanda Kouyaté, les gestes de solidarité et de fraternité consentis par la Guinée ne doivent en aucun cas être interprétés comme un signe de faiblesse ou une autorisation tacite de poursuivre des activités contraires aux lois nationales.
Le ministre a ainsi appelé les pays partenaires à sensibiliser leurs ressortissants sur leurs obligations légales en Guinée. Un appel qui traduit également la volonté de Conakry de responsabiliser les États dont certains citoyens sont impliqués dans ces activités.
En filigrane, le message adressé aux diplomates est clair : la coopération africaine suppose des droits, mais également des devoirs, notamment le respect de la souveraineté et des lois de chaque pays.
En conclusion, le ministre des Affaires étrangères a invité les représentants diplomatiques à restituer fidèlement les explications du gouvernement guinéen auprès de leurs capitales respectives. Il les a notamment exhortés à s’appuyer sur les faits constatés sur le terrain plutôt que sur les informations parfois relayées sur les réseaux sociaux.
Cette rencontre intervient dans un contexte où la lutte contre l’exploitation minière clandestine constitue un enjeu à la fois environnemental, économique, sécuritaire et diplomatique pour la Guinée.
À travers cette démarche, les autorités guinéennes entendent maintenir un équilibre entre deux impératifs : préserver les relations de fraternité et de coopération avec les pays partenaires, tout en défendant sans concession leur souveraineté, leurs ressources naturelles et leur patrimoine environnemental.
Pour Conakry, le panafricanisme doit rester un instrument de solidarité et de développement mutuel, jamais un alibi pour enfreindre les lois d’un État souverain.
Par F.KEÏTA






