DAKAR – Le verdict est tombé. L’influenceur sénégalais Keylor, de son vrai nom Papa Saliou Ciss, a été condamné ce mercredi 5 novembre 2026 à six mois d’emprisonnement, dont quinze jours ferme, pour collecte illicite de données personnelles, atteinte à la vie privée et diffusion de messages à caractère racial ou xénophobe.
Suivi par plus d’un million d’abonnés sur TikTok, le créateur de contenus était poursuivi après avoir publiquement accusé des commerçants guinéens d’organiser un boycott des produits sénégalais. Une sortie qui avait provoqué une vive polémique et conduit la Fédération des boutiquiers à déposer une plainte à la fin du mois d’août.
La décision du tribunal est en deçà des réquisitions du procureur, qui avait sollicité six mois de prison, dont trois mois ferme. En plus de sa peine, Keylor devra s’acquitter d’une amende de 200 000 francs CFA, soit environ 300 euros.
Selon son avocat, Me Cissé, les quinze jours de prison ferme sont déjà couverts par la détention préventive de son client, incarcéré depuis le 23 octobre. Sa libération était ainsi attendue dans la soirée du mercredi ou le jeudi suivant.
Du côté de la défense, le verdict est accueilli comme une victoire. « C’est une victoire du droit », a déclaré Me Cissé, qui s’est également félicité du rejet de l’ensemble des demandes de dommages et intérêts formulées par la Fédération des boutiquiers, laquelle réclamait cinq millions de francs CFA.
Au cours de la procédure, les avocats des plaignants ont également tenté d’obtenir la comparution du député Tahirou Sarr, présenté par la partie civile comme l’une des personnalités à l’origine de cette affaire. Celui-ci ne s’est toutefois pas présenté devant le tribunal.
Président du parti Les Nationalistes, qui défend notamment la préférence nationale et la lutte contre l’immigration, Tahirou Sarr est une figure politique dont les positions sur ces questions alimentent le débat public sénégalais. À la barre, Keylor avait reconnu être un sympathisant du député.
Tout est parti d’une vidéo publiée le 12 août 2026. Dans cette séquence, l’influenceur affirmait avoir découvert une opération de boycott des produits locaux sénégalais, qu’il imputait à des commerçants guinéens.
Des accusations qui ont suscité une vive réaction de la Fédération des boutiquiers, avant le dépôt d’une plainte à la fin du mois d’août. Devant les juges, Keylor a néanmoins contesté avoir ciblé les Peuls originaires du Fouta, en Guinée.
Au-delà du sort judiciaire de l’influenceur, cette affaire intervient dans un climat particulièrement sensible, marqué par la multiplication de discours hostiles aux ressortissants de pays de la sous-région vivant au Sénégal.
Début septembre, le Premier ministre sénégalais avait lui-même dénoncé la montée des discours xénophobes.
Cette condamnation relance ainsi le débat sur la responsabilité des personnalités influentes sur les réseaux sociaux, la protection des communautés étrangères et la nécessité de préserver la coexistence pacifique entre les peuples africains.
Pour les nombreux ressortissants guinéens établis au Sénégal, l’enjeu dépasse désormais le seul cas Keylor : il s’agit aussi de garantir le respect de leur dignité, de leurs droits et de leur sécurité dans un pays avec lequel la Guinée entretient des liens historiques, humains et économiques profonds.
Par O.TOUNKARA






