À l’ombre des institutions nationales souvent défaillantes, 86 journalistes de Conakry participent depuis ce mardi 20 mai 2025 à un atelier de renforcement des capacités. Cette initiative, saluée par la corporation, est mise en œuvre par le Centre Européen d’Appui Électoral (ECES) dans le cadre du Projet d’Appui au Renforcement de la Démocratie (PARD), avec le financement exclusif de l’Union européenne.
Pendant cinq jours, les professionnels des médias bénéficieront de modules de formation autour du journalisme numérique, des techniques de tournage mobile, du fact-checking, de l’éthique en ligne, de l’écriture multimédia et du traitement de l’information en période de crise. Autant de domaines aujourd’hui indispensables dans l’exercice du métier, mais que l’État guinéen semble totalement avoir abandonné à la seule générosité des bailleurs étrangers.

Prenant la parole à l’ouverture des travaux, Tommaso Caprioglio, coordinateur du projet PARD, a longuement expliqué l’importance de cette initiative dans un contexte guinéen marqué par des mutations technologiques rapides et une urgence démocratique persistante :
« Ces formations répondent aux besoins exprimés par les journalistes eux-mêmes. Le journalisme en Guinée doit se moderniser ou disparaître. »
Mais derrière ce discours optimiste se cache une réalité gênante : sans l’appui des partenaires techniques et financiers étrangers, la presse guinéenne serait livrée à elle-même, sans ressources ni accompagnement structurel. Cette dépendance chronique traduit une absence manifeste de volonté politique de l’État à doter les médias nationaux des moyens nécessaires pour remplir leur rôle dans une démocratie digne de ce nom.
Ce projet, aussi bénéfique soit-il, met en lumière un désengagement inquiétant des autorités guinéennes. Le ministère de la Communication, pourtant censé être garant de la formation continue et de l’indépendance des médias, brille par son silence et son absence d’initiative. C’est à croire que le développement des médias relève exclusivement de la compétence des partenaires étrangers.
La relance de la radio parlementaire, l’équipement de la Maison de la Presse, ou encore la formation des journalistes sur l’avant-projet de Constitution, sont autant de réalisations portées par l’Union européenne, là où l’État guinéen se contente trop souvent du rôle de spectateur.
À l’approche du référendum constitutionnel prévu le 21 septembre prochain, cette formation prend un relief particulier. Dans un environnement politique tendu, la qualité de l’information, la vérification des faits et la capacité des journalistes à couvrir les élections de manière professionnelle seront déterminants pour garantir la transparence, prévenir les tensions et contribuer à la paix sociale.

Hassan Kaba, directeur de la Maison de la Presse, n’a pas manqué de rappeler l’importance de cet atelier :
« Ce sont près de 400 journalistes guinéens qui bénéficieront de ces modules dans tout le pays. C’est une occasion précieuse qu’il faut saisir avec sérieux. »
Mais au-delà des mots et des bonnes intentions, il est temps de poser une question de fond : jusqu’à quand la formation des journalistes guinéens restera-t-elle sous-traitée à des institutions étrangères ? Où est passée la politique nationale de soutien à la presse ? Peut-on bâtir une démocratie souveraine avec une presse assistée ?
Tant que la presse guinéenne dépendra de l’étranger pour se former, s’équiper et se structurer, elle restera vulnérable, limitée dans sa capacité à exercer pleinement son rôle de contre-pouvoir. Il est urgent que l’État prenne ses responsabilités, non seulement en accompagnant les projets existants, mais en élaborant une véritable politique nationale de développement du secteur médiatique. Faute de quoi, la démocratie guinéenne restera une œuvre inachevée.
Par F.Keita






