CONAKRY – L’arrestation de onze présumés membres d’un réseau de voleurs de motos révèle bien plus qu’une simple affaire de banditisme. Derrière les interpellations, les enquêteurs évoquent un système organisé mêlant falsification de numéros de châssis, fabrication de faux documents administratifs et de possibles complicités au sein du CADAC. Une affaire qui pourrait n’être que la partie visible d’un trafic beaucoup plus vaste.
Pendant des mois, des motos disparaissaient dans plusieurs quartiers de Conakry avant de réapparaître, méconnaissables, avec de nouvelles identités administratives. Mardi 4 août, les Services spéciaux chargés de la lutte contre le crime organisé affirment avoir porté un coup d’arrêt à ce mécanisme en procédant au démantèlement d’un présumé réseau installé à Mafanco, sur la route Niger.
Onze suspects ont été interpellés dans un garage présenté comme le centre névralgique de l’opération. Onze motos de différentes marques y ont également été saisies.
Mais ce sont surtout les révélations des enquêteurs qui retiennent l’attention.
Selon le commissaire principal de police Foromo Soropogui, les motos volées étaient entièrement reconditionnées afin d’effacer toute trace permettant de remonter jusqu’à leurs véritables propriétaires. Réservoirs remplacés, phares changés, selles modifiées, numéros de châssis falsifiés : tout était fait, selon les enquêteurs, pour donner une nouvelle identité aux engins.
Plus troublant encore, les Services spéciaux soutiennent que ces motos pouvaient ensuite être remises sur le marché grâce à la confection de fausses cartes grises, de nouvelles plaques d’immatriculation et de fausses clés. Une opération qui aurait bénéficié de présumées complicités de certains agents du CADAC, une piste désormais au centre des investigations.
Si ces soupçons venaient à être confirmés par la justice, ils révéleraient l’existence de failles profondes dans le système de sécurisation des documents administratifs liés aux véhicules.
Les onze personnes interpellées, âgées de 27 à 44 ans, sont poursuivies pour association de malfaiteurs, vol aggravé et autres infractions prévues par le Code pénal. Elles contestent toutefois les faits qui leur sont reprochés.
Malgré ces dénégations, les enquêteurs estiment que les éléments matériels recueillis, notamment les motos dépourvues de documents réguliers et les numéros de châssis falsifiés, constituent des indices sérieux qui devront désormais être examinés par la justice.
Au-delà des arrestations, une question demeure : les onze suspects représentent-ils l’ensemble du réseau ou seulement ses exécutants ? L’enquête devra également établir si les soupçons de complicités administratives sont fondés et, le cas échéant, identifier les responsabilités.
Pour de nombreux propriétaires victimes de vols à répétition, cette affaire ravive un espoir : celui de voir enfin démantelée une filière qui, depuis des années, alimente un marché parallèle particulièrement lucratif à Conakry.
Par nimba224.com






