CONAKRY — 2 500 milliards de francs guinéens. C’est le nouveau cap fixé par l’État sur le marché obligataire. Derrière ce montant, une ambition : mobiliser davantage l’épargne nationale pour financer les grands chantiers de transformation économique de la Guinée.
À l’occasion des échanges consacrés à cet emprunt obligataire, le secteur financier a réaffirmé sa disponibilité à accompagner l’État. Banques, assurances, investisseurs et épargnants sont appelés à renforcer leur participation à une opération qui dépasse le simple besoin de financement budgétaire.
Pour le Gouvernement, le message est clair : l’épargne guinéenne doit désormais davantage servir à financer les investissements guinéens.
La ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, a appelé les acteurs financiers à amplifier leur mobilisation.
L’objectif est notamment d’orienter une part plus importante des ressources disponibles vers des secteurs considérés comme stratégiques : énergie, routes, éducation et santé.
La réussite de l’opération constituerait également, selon les autorités, un indicateur de la confiance du marché dans la trajectoire économique de la Guinée et dans ses perspectives de développement.
Cette volonté de recourir davantage au financement domestique intervient alors que le secteur bancaire guinéen a connu une forte progression de ses principaux indicateurs.
Entre décembre 2021 et août 2026, le total bilan des banques est passé de 4,2 à 14,2 milliards de dollars. Les ressources collectées auprès de la clientèle ont, elles, atteint 10,2 milliards de dollars, contre 3,1 milliards en 2021.
Plus significatif encore : sur la même période, 3,6 milliards de dollars ont été mobilisés par les banques pour financer les émissions de l’État.
Ces données traduisent la place grandissante du secteur bancaire dans le financement des besoins publics et, plus largement, dans le développement du marché financier national.
L’évolution des montants mobilisés est particulièrement révélatrice.
En 2015, la Guinée avait levé 500 milliards de GNF. Dix ans plus tard, en 2025, le montant atteignait 1 800 milliards de GNF. L’État vise désormais 2 500 milliards de GNF.
Une progression qui illustre l’élargissement progressif du marché des titres publics et la volonté des autorités d’en faire un instrument durable de financement de l’économie.
Pour le Gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée, l’enjeu est désormais de consolider cette dynamique. Il appelle à poursuivre la construction d’un marché des titres publics plus profond, transparent, liquide et accessible, tout en maintenant un équilibre entre l’attractivité des titres, le coût du financement et la soutenabilité des engagements de l’État.
Autrement dit, l’objectif n’est plus seulement de lever des fonds, mais de structurer un véritable marché financier domestique capable de mobiliser durablement les ressources disponibles.
Le Gouvernement veut désormais élargir le cercle des investisseurs. Entreprises, ménages, épargnants et acteurs institutionnels sont appelés à participer davantage au financement des projets nationaux.
Car derrière les 2 500 milliards de GNF recherchés se joue une question plus large : celle de la capacité de la Guinée à transformer son épargne intérieure en investissements productifs.
Le pari est donc posé : faire du financement domestique un moteur durable de la transformation économique du pays.
Et avec le passage de 500 milliards en 2015 à 2 500 milliards de GNF aujourd’hui, le marché obligataire guinéen semble avoir changé d’échelle.
Par Hawa CAMARA








