CONAKRY – Nouveau rebondissement dans l’affaire de détournement présumé de plusieurs dizaines de milliards de francs guinéens à l’Office guinéen de publicité (OGP). La Chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a ordonné, ce lundi, la mise en liberté conditionnelle de Mandjan Sidibé, ancien directeur général de l’institution, invoquant la dégradation de son état de santé.
La décision a été rendue par le président de la juridiction, le juge Alpha Camara, qui a autorisé le prévenu à poursuivre ses soins dans une structure médicale appropriée. Dans le même temps, la Cour a renvoyé l’examen du dossier au 20 juillet 2026 pour la poursuite des débats au fond.
Cette décision intervient à la suite d’une requête formulée par les avocats de la défense, qui avaient plaidé pour la remise en liberté de leur client lors de la précédente audience. Les conseils de Mandjan Sidibé avaient notamment soulevé l’expiration du mandat de détention et insisté sur la nécessité d’une prise en charge médicale adaptée face à l’aggravation de son état de santé.
Selon Me Sékou Traoré, l’ancien directeur général de l’OGP souffre de pathologies nécessitant un suivi médical constant. Son hospitalisation prolongée à l’hôpital Ignace-Deen aurait confirmé, selon la défense, l’incompatibilité de son état de santé avec le maintien en détention. L’avocat a également précisé que l’ensemble des frais liés aux soins et à l’hospitalisation est supporté par le prévenu lui-même, pour des montants évalués à plusieurs millions de francs guinéens.
Face à cette demande, le ministère public avait sollicité un délai afin d’examiner les éléments médicaux versés au dossier. Représentant le parquet spécial, le substitut du procureur Biwon Millimono avait estimé nécessaire d’analyser les documents produits avant de faire connaître la position du parquet sur la requête.
Après examen des arguments des différentes parties, la Cour a finalement fait droit à la demande de la défense en accordant une liberté conditionnelle à Mandjan Sidibé pour motifs médicaux.
L’ancien patron de l’OGP reste toutefois sous le coup de lourdes poursuites judiciaires. Il comparaît aux côtés d’Aboubacar Sidiki Konaté et de Pépé Haba pour des faits présumés de détournement de deniers publics, d’abus de fonction, de corruption, d’atteinte à la liberté d’accès et à l’égalité des candidats dans les marchés publics, d’usage illicite de biens publics par l’octroi d’avantages injustifiés, de concussion et de complicité.
Selon l’accusation, le préjudice financier présumé dans cette affaire est estimé à près de 78 milliards de francs guinéens, faisant de ce dossier l’un des plus importants examinés ces dernières années par la juridiction spécialisée.
Placés sous mandat de dépôt en décembre 2024, les trois prévenus ont connu des trajectoires judiciaires différentes au fil de l’instruction et des audiences. Jusqu’à la décision rendue ce lundi, Mandjan Sidibé demeurait le seul accusé encore détenu dans ce dossier.
La reprise du procès, prévue le 20 juillet prochain, sera particulièrement suivie, tant en raison de l’importance des montants en jeu que des implications judiciaires et institutionnelles de cette affaire emblématique de la lutte contre la corruption et les infractions économiques en Guinée.
Par M. DIALLO






