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CRIEF : Mohamed Diané face aux zones d’ombre de sa gestion, la Cour ordonne de nouvelles comparutions

CONAKRY – L’ancien ministre de la Défense nationale et ex-ministre directeur de cabinet à la présidence sous le régime d’Alpha Condé, Mohamed Diané, a de nouveau comparu ce jeudi 7 mai devant la chambre des appels de la CRIEF, dans le cadre du procès portant sur des accusations présumées de détournement de deniers publics, d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux.

Au cours d’un interrogatoire serré conduit par le procureur spécial Alphonse Charles Wright, l’ancien dignitaire du régime déchu a tenté de justifier l’origine de ses revenus, de ses biens immobiliers et de ses avoirs bancaires.

« Je n’ai acquis aucun bien lorsque j’étais député »

Dès l’ouverture des débats, Dr Mohamed Diané a retracé son parcours professionnel et politique. Revenant sur son mandat de député entre 1995 et 2002, il a affirmé n’avoir acquis aucun patrimoine particulier durant cette période, hormis son véhicule de fonction, dont le coût aurait été prélevé sur ses salaires.

Après son passage à l’Assemblée nationale, il dit avoir réintégré l’université jusqu’en 2011, assurant que sa rémunération d’enseignant n’avait jamais dépassé cinq millions de francs guinéens.

L’ancien ministre a ensuite détaillé son ascension au sommet de l’État. Nommé en décembre 2010 ministre directeur de cabinet à la présidence, il explique avoir eu pour mission de coordonner les activités du cabinet présidentiel, avec autorité sur plusieurs structures stratégiques, notamment le secrétariat particulier, le protocole d’État, l’intendance et le chef d’état-major particulier du président.

Dans ce rôle, il reconnaît avoir été l’un des ordonnateurs délégués du budget de souveraineté de la présidence, habilité à signer des chèques sur instruction du chef de l’État.

Interrogé sur les autres ordonnateurs impliqués dans la gestion de ces fonds, Dr Diané a cité plusieurs responsables, dont l’ancien gouverneur de la Banque centrale, Louncény Nabé.

Une déclaration qui a immédiatement poussé le procureur spécial à demander sa comparution devant la Cour. Le prévenu a également évoqué le rôle des anciens gouverneurs de région dans la gestion de sous-comptes présidentiels destinés, selon lui, au financement d’initiatives présidentielles à l’intérieur du pays.

Promu ministre d’État chargé de la Défense en 2016, Dr Diané a affirmé avoir été l’ordonnateur principal des dépenses du département. Face aux questions du parquet, il a révélé les montants des crédits budgétaires alloués au ministère :

– 1 000 milliards 450 millions GNF en 2016 ;

– Plus de 1 564 milliards GNF en 2017 ;

– Plus de 1 526 milliards GNF en 2018 ;

– Plus de 1 794 milliards GNF en 2019 ;

– Plus de 2 018 milliards GNF en 2020 ;

– Plus de 2 410 milliards GNF en 2021.

Ces révélations ont rapidement alimenté un vif débat judiciaire autour de la charge de la preuve. La défense soutient qu’il revient au ministère public de démontrer l’existence d’un détournement, tandis que le parquet estime que le prévenu doit lui-même justifier l’origine de son patrimoine dans le cadre des poursuites pour enrichissement illicite.

Poursuivant son interrogatoire, le ministère public a interrogé l’ancien ministre sur ses acquisitions immobilières.

Dr Diané a reconnu être propriétaire de plusieurs biens, notamment :

– Deux parcelles à Kankan acquises après 2016 ;

– Une maison de quatre chambres à Batè Soïla, achetée en 2007 ;

– Un domaine agropastoral de 34 hectares, titré en 2012 dans son village natal ;

– Une maison à Gomboya acquise en 2005 ;

– Deux maisons à Missiran ;

– Une villa duplex à Senkefara construite en 2011.

Concernant son domaine agricole de Soïla, il a expliqué y avoir développé une plantation d’anacardiers et des installations d’élevage de poules pondeuses. Il précise que les infrastructures auraient ensuite été modernisées par sa fille, M’mawa Diané, grâce à un crédit obtenu auprès de Afriland First Bank⁠.

En revanche, l’ancien ministre a catégoriquement nié être propriétaire de plusieurs parcelles situées à Nongo et Kaloum, que le parquet affirme être enregistrées sous les noms de proches collaborateurs ou présumés prête-noms.

Le ministère public s’est également penché sur les comptes bancaires du prévenu.

Dr Diané a déclaré disposer :

– D’un compte épargne ouvert depuis 2005 à IC Bank ;

– D’un compte à Société Générale depuis 2009 pour le versement de ses salaires ;

– De deux comptes ouverts à Ecobank⁠ en 2012, l’un en francs guinéens et l’autre en devises.

Selon ses déclarations, ces comptes contenaient, au moment de son départ du gouvernement, environ 60 000 dollars américains et 300 millions de francs guinéens.

Il affirme avoir perçu un salaire mensuel de 10 millions GNF comme ministre directeur de cabinet, avant une augmentation à 13 millions GNF lorsqu’il est devenu ministre de la Défense.

À l’issue de l’audience, la chambre des appels de la CRIEF a renvoyé le dossier au 21 mai prochain pour la poursuite des débats.

Avant de lever l’audience, la Cour a ordonné plusieurs mesures d’instruction, notamment :

– La transmission de la situation financière de Dr Diané durant son mandat parlementaire ;

– La comparution de Louncény Nabé ;

– Celle de Mohamed Lamine Traoré ;

– Ainsi que celle de M’mawa Diané pour des éclaircissements sur les investissements réalisés dans la ferme familiale.

La juridiction a également exigé la comparution de Sékou Kaké, du directeur national des Domaines et du Cadastre, ainsi que du conservateur foncier.

Enfin, les services d’immatriculation ont été requis de transmettre l’ensemble des informations relatives aux véhicules enregistrés au nom de l’ancien ministre.

 

 

 

Par F.Maomou

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