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CRIEF : 119 dossiers ouverts, des milliards sous scellés et un seul recouvrement réel — l’État face à l’épreuve de l’exécution

Quatre ans après le lancement de la traque des biens présumés mal acquis, le constat est implacable : 119 dossiers sont toujours pendants devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), des décisions existent, mais l’argent de l’État reste, pour l’essentiel, hors de portée. Ce lundi, l’Agent Judiciaire de l’État (AJE), Maître Mohamed Sampil, a livré un bilan précis, révélant les avancées, mais surtout les blocages d’un combat judiciaire encore loin de son épilogue.

Selon l’AJE, 119 procédures opposent actuellement l’État guinéen à d’anciens hauts responsables. Parmi les affaires les plus sensibles figurent celles visant Ibrahima Kassory Fofana, Mohamed Diané, Oyé Guilavogui, Ibrahima Kourouma, Amadou Damaro Camara, Ibrahima Chérif Bah et Mamadou Saïdou Baldé.

« Plusieurs décisions de première instance ont été rendues en faveur de l’État », a confirmé Me Mohamed Sampil.

Mais ces victoires judiciaires restent fragiles. Toutes ont été frappées d’appel, ce qui suspend leur exécution et renvoie les dossiers devant la chambre d’appel de la CRIEF. Résultat : aucune confiscation définitive, aucun recouvrement effectif, malgré les condamnations prononcées.

Sur les biens saisis, le principe est clair et implacable : l’appel bloque l’exécution. Tant qu’aucune décision définitive n’est rendue — ou qu’aucune exécution provisoire n’est ordonnée — les avoirs restent placés sous-main de justice, donc gelés.

Une seule brèche a toutefois été ouverte dans ce verrou judiciaire : le dossier de Dr Mohamed Diané. Dans cette affaire, la CRIEF a ordonné une exécution provisoire portant sur 125 milliards de francs guinéens, soit un quart des 500 milliards de dommages et intérêts accordés à l’État.

Cette décision a permis des saisies concrètes, notamment de biens immobiliers. Mais là encore, l’exécution se heurte à de nouvelles résistances : des tiers revendiquent aujourd’hui la propriété de ces biens, donnant lieu à des contentieux annexes.

« Ces revendications sont intervenues tardivement, alors que les biens étaient déjà placés sous-main de justice », a relevé Me Sampil, indiquant que l’État a engagé des actions pour défendre ses droits.

Le bilan est sans détour : à ce stade, les seuls recouvrements effectifs concernent le dossier Mohamed Diané. Pour les 118 autres affaires, l’État reste suspendu aux décisions définitives de la CRIEF.

Ce point officiel met en lumière une réalité judiciaire souvent ignorée du débat public : la lutte contre la corruption ne se joue pas seulement au moment des arrestations ou des condamnations, mais à l’étape cruciale de l’exécution des décisions.

En attendant, des milliards de francs guinéens restent sous scellés, et la bataille pour la récupération effective des avoirs publics se poursuit, lente, technique et sous haute tension.

 

 

 

 

Par M. DIALLO

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