CONAKRY – Il n’aura fallu que quelques averses pour exposer au grand jour l’une des plus grandes faillites urbaines de la capitale guinéenne. À peine l’hivernage commencé, Conakry replonge déjà dans le chaos : routes inondées, caniveaux saturés d’ordures, quartiers submergés et populations livrées à elles-mêmes au milieu des déchets plastiques.
De Matoto à Sonfonia, en passant par Dixinn, Dabondy ou Hamdallaye, le décor est le même : sachets plastiques, bouteilles vides, bidons abandonnés, emballages alimentaires et déchets ménagers flottent dans les eaux sales qui envahissent rues et concessions.
Une catastrophe devenue presque normale dans une ville où l’insalubrité progresse plus vite que les solutions promises.
Chaque année, les autorités annoncent des opérations d’assainissement “historiques”. Chaque année, les réseaux sociaux sont inondés de vidéos soigneusement montées montrant des campagnes de nettoyage, des artistes mobilisés, des blogueurs en gilets fluorescents et des messages de sensibilisation largement relayés.
Mais sur le terrain, la réalité est brutale.
La lutte contre l’insalubrité ne se résume ni à des publications Facebook, ni à des chansons de circonstance, encore moins à des opérations de communication destinées à masquer l’ampleur du désastre urbain.
Pendant que les caméras filment quelques heures d’assainissement symbolique, les populations continuent de vivre au milieu des ordures, des eaux stagnantes et des caniveaux transformés en décharges publiques.
Les premières pluies viennent ainsi démontrer, avec violence, l’incapacité flagrante des structures en charge de l’assainissement à apporter des réponses durables au calvaire quotidien des citoyens.
À Conakry, les systèmes de drainage ne résistent plus au flot incessant de déchets plastiques déversés dans les rues et les marchés.
Dans plusieurs quartiers, les caniveaux ont été entièrement bouchés par des sachets d’eau, des bouteilles, des emballages alimentaires et toutes sortes d’ordures solides. Résultat : l’eau ne circule plus – Elle déborde – Elle envahit les routes – Elle pénètre dans les habitations. – Elle paralyse la circulation. – Et elle expose des milliers de familles à des risques sanitaires majeurs.
Dans les marchés de la capitale, le spectacle est encore plus alarmant. Entre les étals, des tonnes de déchets plastiques s’accumulent chaque jour sans système efficace de collecte ni de traitement. Dès les premières pluies, ces déchets sont charriés vers les caniveaux où ils créent de véritables barrages artificiels. Conakry étouffe littéralement sous ses propres ordures.
Les usagers de la route vivent désormais chaque pluie comme une menace.
« Les caniveaux sont remplis de déchets plastiques. Quand la pluie tombe, certaines routes deviennent complètement impraticables », témoigne un conducteur de taxi-moto à Hamdallaye.
Embouteillages monstres, motos renversées, véhicules immobilisés, commerces inondés : quelques heures de pluie suffisent désormais à désorganiser totalement la capitale.
Une situation qui alimente colère, frustration et incompréhension chez des citoyens qui dénoncent l’absence de mesures concrètes malgré les multiples promesses officielles.
Au-delà des inondations, la prolifération incontrôlée des déchets plastiques représente une menace environnementale majeure.
Non biodégradables, ces déchets s’accumulent pendant des années dans les quartiers, polluent les sols, obstruent les caniveaux et dégradent durablement l’environnement urbain.
Faute de politique sérieuse de recyclage et de traitement, beaucoup sont brûlés à ciel ouvert, libérant des fumées toxiques dangereuses pour la santé publique.
Pendant ce temps, aucune stratégie forte et visible ne semble capable d’enrayer cette spirale de l’insalubrité.
L’hivernage 2026 agit comme un révélateur brutal : malgré les campagnes médiatiques, les slogans et les opérations de communication à répétition, la capitale guinéenne demeure prisonnière d’une crise chronique des déchets.
Le constat est accablant : absence d’infrastructures modernes, faiblesse des systèmes de collecte, manque de suivi, gestion approximative des déchets plastiques et incapacité des autorités compétentes à transformer les annonces en résultats visibles.
Et pendant que les responsables communiquent, les populations, elles, continuent de patauger dans les eaux sales, les ordures et les promesses non tenues.
Par nimba224.com






