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Affaire OGP : des relevés bancaires jettent le trouble, 3,565 milliards GNF versés à un fournisseur malgré une créance toujours réclamée

CONAKRY – L’affaire de l’Office Guinéen de Publicité (OGP) continue de révéler de nouvelles zones d’ombre. Alors que le fournisseur Faramayah Autos SARL affirme n’avoir perçu que 500 millions de francs guinéens sur une créance de 3,650 milliards GNF, des relevés bancaires consultés dans le cadre du dossier font apparaître une tout autre réalité : plus de 3,565 milliards de francs guinéens auraient été décaissés au profit de cette société.

Cette contradiction, au cœur de l’enquête, soulève une question majeure : à quoi correspondent exactement les fonds transférés si le fournisseur soutient n’avoir reçu qu’une infime partie des montants réclamés ?

Le dossier fait également apparaître une autre interrogation. Selon les procès-verbaux de réception consultés, six véhicules ont été effectivement livrés à l’OGP. Mais qu’en est-il des autres véhicules prévus dans le marché ? Leur sort demeure incertain. Une confrontation entre les différentes parties devant la justice pourrait permettre d’établir les responsabilités et de lever les nombreuses zones d’ombre qui entourent cette opération.

Les documents bancaires consultés montrent plusieurs opérations effectuées au bénéfice de Faramayah Autos SARL. Ils indiquent notamment qu’Aladji Cellou Camara aurait effectué trois virements totalisant 800 millions de francs guinéens, alors que le fournisseur, Ansoumane Camara, reconnaît uniquement avoir reçu 500 millions GNF.

Les relevés mentionnent également plusieurs chèques émis à partir du compte de l’OGP domicilié au Trésor public :

19 juillet 2022 : chèque n°6359976 d’un montant de 820 millions GNF ;

8 août 2022 : trois chèques de 500 millions GNF, 500 millions GNF et 300 millions GNF ;

10 janvier 2023 : trois nouveaux chèques de 490 millions GNF, 480 millions GNF et 475 millions GNF.

Selon ces documents, les différents décaissements atteignent un total de 3,565 milliards de francs guinéens, effectués durant la période où Mandian Sidibé dirigeait l’OGP, période au cours de laquelle les six véhicules ont été livrés.

Pourtant, le fournisseur continue de réclamer 3,650 milliards GNF, soutenant n’avoir encaissé que 500 millions GNF.

Cette divergence entre les déclarations du fournisseur et les écritures bancaires constitue désormais l’un des principaux points que les enquêteurs de la CRIEF pourraient être amenés à éclaircir.

L’enquête s’intéresse également à une avance bancaire contractée par l’ancien Directeur général de l’OGP, Mandian Sidibé.

D’après les documents consultés, celui-ci avait sollicité, en octobre 2024, une avance adossée à son salaire mensuel et à des rappels de salaires qu’il estimait lui être dus, invoquant des contraintes familiales.

Or, dans un courrier figurant au dossier, la banque concernée indique que le dernier salaire effectivement versé à Mandian Sidibé correspond au mois d’octobre 2024. L’établissement précise qu’il attendait ensuite les virements des rémunérations de novembre et décembre 2024, comme pour les autres employés, mais que ces paiements n’ont jamais été effectués.

Selon les informations recueillies, l’avocat de Mandian Sidibé avait néanmoins adressé, le 5 février 2025, un courrier au nouveau Directeur général, Aladji Cellou Camara, pour réclamer le paiement de ces mêmes arriérés de salaires.

Toujours selon les éléments consultés, Aladji Cellou Camara aurait procédé à deux virements afin de régler ces arriérés présumés, avant de découvrir l’existence de la créance bancaire liée à l’avance sur salaire. Il aurait ensuite versé 500 millions de francs guinéens supplémentaires, conformément à une résolution du Conseil d’administration et à un protocole d’accord.

Joint par notre redaction, Me Sékou Traoré, avocat de Mandian Sidibé, affirme ne pas avoir eu connaissance ni du courrier adressé au successeur de son client concernant les arriérés de salaire, ni de la correspondance de la banque relative à cette avance.

Au-delà des montants en jeu, une question alimente désormais le débat : pourquoi l’ancien gestionnaire, sous l’autorité duquel les engagements financiers ont été contractés, est-il en liberté, tandis que son successeur, qui aurait hérité de ces dettes et engagé leur règlement, se retrouve poursuivi et placé en détention ?

Cette interrogation, largement commentée, reste à ce stade sans réponse judiciaire définitive. C’est précisément sur ces contradictions — entre déclarations, pièces comptables, relevés bancaires et responsabilités de gestion — que les enquêteurs de la CRIEF sont attendus afin d’établir les faits et de déterminer, dans le respect de la procédure et de la présomption d’innocence, les responsabilités éventuelles de chacun.

 

Par nimba224.com

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