Huit ans après la signature très médiatisée de l’accord-cadre sino-guinéen, présenté à l’époque comme un partenariat historique à hauteur de 20 milliards de dollars pour échanger les ressources minières contre des infrastructures, le flou persiste sur l’exécution réelle du projet. Face aux interrogations grandissantes, l’ambassade de Chine en Guinée est montée au créneau pour apporter des précisions cruciales.
Lors d’un forum avec la presse locale tenu à Conakry, MAO Shanshui, troisième secrétaire de l’ambassade de Chine, a levé un coin du voile sur l’état d’avancement de ce partenariat stratégique qui lie les deux pays jusqu’en 2036.
Contrairement à ce que laisse entendre l’opinion publique, le diplomate chinois tient à souligner une nuance de taille :
« Le chiffre de 20 milliards de dollars représente un objectif de coopération entre la Chine et la Guinée. Ce n’est ni une enveloppe fixe, ni une somme garantie d’office », a-t-il affirmé avec insistance.
Selon lui, les décaissements sont progressifs et conditionnés par les recettes fiscales issues des projets miniers concernés par l’accord. « Le volume réel des investissements dépend de l’évolution de l’exploitation minière et des ressources générées », a-t-il précisé.
MAO Shanshui rappelle néanmoins que plusieurs projets structurants ont déjà vu le jour dans le cadre de cette coopération. Parmi eux :
- La route Conakry-Dabola
- Le bitumage de plusieurs voiries dans la capitale, qui a permis, selon lui, « d’améliorer sensiblement les conditions de mobilité des citoyens guinéens ».
Des discussions sont également en cours entre les autorités guinéennes et le consortium bancaire chinois en vue de définir de nouveaux projets à financer dans les années à venir. « L’objectif reste d’apporter davantage de bonheur à la population guinéenne », a souligné le diplomate.
Malgré ces éclaircissements, des voix continuent de s’élever pour questionner la portée réelle de l’accord. Amadou Oury Bah, actuel Premier ministre, exprimait déjà ses réserves en septembre 2023. Intervenant lors d’une assemblée générale de l’UDRG, il s’interrogeait :
« Où en est l’accord-cadre de 20 milliards censés financer nos infrastructures ? Pourquoi faut-il chercher d’autres financements pour l’axe Hamdallaye–Cimenterie, estimé à 300 millions de dollars, alors qu’il devrait logiquement entrer dans ce cadre ? »
Alors que la Guinée est confrontée à des défis d’aménagement du territoire, de désenclavement et d’inégalités d’accès aux infrastructures, les attentes autour de cet accord sont immenses. Si les propos du diplomate chinois apportent un éclairage technique, le déficit de transparence sur la planification, le suivi et la gouvernance des projets financés continue d’alimenter les interrogations, même au plus haut niveau de l’État.
À huit ans de l’échéance de l’accord, le défi pour Conakry est désormais de redéfinir un cadre clair, public et suivi pour tirer pleinement profit de cette coopération sino-guinéenne aux ambitions colossales.
Par nimba224.com





