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CRIEF : Ahmed Kanté et 23 collaborateurs interdits de quitter la Guinée

CONAKRY – L’étau se resserre autour d’Ahmed Kanté. L’ancien ministre guinéen des Mines et administrateur général de 2A-GIC, ainsi que 23 autres collaborateurs de la société, font désormais l’objet d’une interdiction de sortie du territoire national.

Dans une réquisition datée du mercredi 7 octobre 2026, le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, a ordonné aux services compétents de prendre toutes les dispositions nécessaires afin d’empêcher les personnes visées de quitter la Guinée.

La mesure s’adresse notamment au Commissaire spécial de l’aéroport international Ahmed-Sékou-Touré et au Directeur central de la Police aux frontières.

Ces responsables sont sommés de veiller à l’application de la décision et de procéder au signalement immédiat de toute tentative de franchissement des frontières par les personnes concernées.

Selon nos informations, cette décision intervient dans le cadre d’une enquête judiciaire portant sur des faits présumés d’évasion fiscale, de blanchiment de capitaux, de corruption et d’infractions assimilées.

Pour le parquet spécial, le maintien des personnes concernées sur le territoire guinéen apparaît nécessaire aux besoins de l’enquête et vise notamment à prévenir tout risque de soustraction à la justice.

Outre Ahmed Kanté, la réquisition concerne plusieurs cadres, responsables et agents de 2A-GIC, intervenant dans différents secteurs de l’entreprise.

Direction et administration : 

Moussa Kanté, auditeur interne ;

Mohamed Mansaré, assistant exécutif ;

Ibrahima Bangoura, assistant aux affaires extérieures ;

Zakaria Bah, conseiller administratif général ;

Mathieu Lamah, chef protocole de l’administrateur général.

Ressources humaines et achats

Aboubacar Fatou Camara, directeur des ressources humaines ;

Ibrahima Babadi Cissé, chef du personnel ;

Mariama Dalanda Bah, assistante ressources humaines ;

Adrienne Ndoubayo, responsable du service achats ;

Alpha Sény Bangoura, acheteur-approvisionneur ;

Mamadou Alpha Sylla, assistant acheteur.

Sûreté, HSE et environnement : 

Abdoulaye Banoro, superviseur HSE ;

Alpha Souleymane Diallo, inspecteur HSE ;

Kolon Barry, superviseur environnement ;

Daouda Ké Koulako Kanté, agent d’entretien environnement ;

Djibril Diassy, superviseur sûreté ;

Idrissa Soumah, superviseur sûreté ;

Moussa Samaké, agent sûreté ;

Aboubacar Demba Katy, agent sûreté ;

Ibrahima Chérif Camara, agent sûreté ;

Morcire Camara, agent sûreté.

Technique et communication

Kadiatou Yêbhê Kanté, ingénieure en génie civil ;

Mohamed Yinkissa Camara, agent de contrôle portuaire ;

Denis Sassou Gueippeur, photographe corporate.

Cette décision intervient dans un contexte particulièrement sensible pour Ahmed Kanté, déjà cité dans plusieurs procédures devant la CRIEF.

L’ancien ministre des Mines se retrouve ainsi au cœur d’un nouveau volet judiciaire portant notamment sur des soupçons liés à des flux financiers, à l’évasion fiscale, au blanchiment de capitaux et à des pratiques présumées de corruption.

La décision du parquet spécial marque, en tout cas, un durcissement de la pression judiciaire : en empêchant les personnes visées de quitter le territoire, la justice entend s’assurer de leur disponibilité pendant la poursuite des investigations.

À ce stade, aucune culpabilité n’est établie à l’encontre des personnes visées. Les faits évoqués par le parquet demeurent des présomptions dans le cadre d’une enquête en cours.

L’interdiction de sortie du territoire constitue une mesure judiciaire à caractère conservatoire destinée à garantir la disponibilité des personnes concernées pendant les investigations. Elle ne préjuge donc pas de l’issue de la procédure ni d’une éventuelle responsabilité pénale.

Pour Ahmed Kanté et ses collaborateurs, une nouvelle séquence judiciaire s’ouvre désormais sous haute surveillance, avec une consigne claire adressée aux services chargés du contrôle des frontières : aucun départ du territoire ne devra leur être permis sans l’autorisation des autorités judiciaires compétentes.

Cette nouvelle mesure intervient dans un contexte judiciaire déjà particulièrement chargé pour Ahmed Kanté. L’ancien ministre des Mines est actuellement concerné par plusieurs procédures devant les juridictions guinéennes, dont certaines sont directement liées à ses activités dans le secteur minier.

À la CRIEF, un procès est toujours pendant dans le dossier opposant Ahmed Kanté et plusieurs co-prévenus aux ayants droit de feu Claude Lorcy. Ahmed Kanté, Oumar Bah, Mamadou Alpha Sylla et Aboubacar Sidiki Camara sont poursuivis pour des faits présumés de détournement de deniers publics, prise illégale d’intérêts, blanchiment de capitaux, escroquerie, déclaration irrégulière aux souscriptions et versements, enrichissement illicite et complicité. Le dossier comporte également un volet civil portant sur des droits revendiqués sur plusieurs sociétés minières, pour une valeur estimée à environ 75 millions de dollars. Le procès a été renvoyé au 19 octobre 2026.

Un autre volet concerne directement le dossier GIC/AGB2A. En septembre 2025, la chambre spéciale de contrôle de l’instruction de la CRIEF avait ordonné la poursuite de l’instruction concernant notamment des faits présumés d’abus de confiance, après avoir écarté les accusations de faux et usage de faux en écriture privée. Cette procédure est distincte de la nouvelle enquête préliminaire ouverte début octobre 2026 sur les flux financiers d’AGB2A-GIC.

À cela s’ajoute le contentieux ayant opposé Ahmed Kanté à African Bauxite Corporation (ABC) devant le Tribunal de première instance de Kaloum. Dans cette procédure, l’ancien ministre avait été poursuivi pour des faits d’abus de confiance et de concurrence déloyale. Le tribunal a rendu sa décision le 19 mai 2025, déclarant Ahmed Kanté non coupable des accusations portées contre lui, selon les éléments publiés à l’époque.

Le nom d’Ahmed Kanté apparaît également dans plusieurs procédures commerciales liées au contentieux minier autour d’AGB2A-GIC, de GIC, d’Axis Minerals et des héritiers de feu Claude Lorcy. Le Tribunal de commerce de Conakry a notamment été saisi d’une affaire opposant Ahmed Kanté et International Logistics Services aux héritiers de Claude Lorcy, portant sur la reconnaissance de droits de propriété, la cessation de troubles et la réparation d’un préjudice.

Par ailleurs, une procédure commerciale oppose AGB2A à Axis Minerals Resources autour notamment d’une saisie conservatoire, illustrant l’ampleur du contentieux qui s’est développé autour des actifs et des intérêts miniers concernés.

Ainsi, la nouvelle interdiction de sortie du territoire ne constitue pas un épisode judiciaire isolé. Elle intervient alors qu’Ahmed Kanté se trouve déjà engagé dans plusieurs procédures de nature pénale et commerciale, à des stades différents, devant les juridictions guinéennes.

Le nouveau dossier ouvert par le parquet spécial de la CRIEF porte, lui, sur des soupçons d’évasion fiscale, de blanchiment de capitaux, de corruption et d’opérations financières impliquant AGB2A-GIC, à la suite d’une dénonciation enregistrée le 5 octobre 2026.

Cette succession de procédures place désormais l’ancien ministre des Mines au centre d’un important contentieux judiciaire et économique, dont plusieurs volets sont directement liés aux activités et aux droits miniers autour d’AGB2A-GIC.

Il convient toutefois de distinguer clairement les différentes affaires : une procédure en cours ne vaut pas condamnation, et les personnes poursuivies bénéficient de la présomption d’innocence jusqu’à une décision judiciaire définitive.

 

Par Lass YANS

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