CONAKRY – À l’ouverture de la session parlementaire, ce lundi 5 octobre au Palais du Peuple, le président de l’Assemblée nationale, Dr Dansa Kourouma, a fixé une feuille de route sans détour aux 147 députés : produire des lois utiles, retourner sur le terrain, contrôler l’action gouvernementale et mesurer l’impact réel des politiques publiques. Avec, en ligne de mire, le suivi de Simandou 2040.
C’est le message fort porté ce lundi 5 octobre 2026 par le président de l’Assemblée nationale, Dr Dansa Kourouma, à l’occasion de la rentrée parlementaire au Palais du Peuple de Conakry.
La cérémonie a réuni plusieurs hauts responsables de l’État, notamment des membres du gouvernement et de la Présidence de la République, des représentants du Parlement de la CEDEAO, des diplomates ainsi que des maires, préfets et gouverneurs.
Mais au-delà du caractère solennel de cette rentrée, c’est surtout une nouvelle doctrine parlementaire que le président de l’Assemblée nationale a voulu installer.
Devant les députés, Dr Dansa Kourouma a posé une exigence centrale : le mandat parlementaire ne doit être ni un privilège, ni une récompense, encore moins un simple statut. Il doit être une charge au service de la nation.
« Le peuple ne nous a pas élus pour que nous soyons quelqu’un, il nous a élus pour que nous fassions quelque chose », a-t-il lancé.
Une phrase qui résume, à elle seule, l’ambition affichée pour cette nouvelle législature.
Avec 147 députés, 13 commissions permanentes et trois groupes parlementaires, la nouvelle Assemblée nationale change d’échelle, mais surtout de niveau d’exigence, selon son président.
Dr Dansa Kourouma a appelé les élus à dépasser les frontières de leurs circonscriptions électorales pour porter une vision nationale du mandat parlementaire.
Le député de Boké doit aussi se sentir concerné par N’Zérékoré ; celui de Kankan par Labé ; celui de Kaloum par les réalités du paysan de Kissidougou ou du pêcheur de Boffa.
Le message est clair : aucun député ne doit être prisonnier de sa seule circonscription.
« Chacun d’entre nous a été élu dans une circonscription, sur une liste, mais aucun d’entre nous ne représente une parcelle de la nation », a-t-il rappelé.
Pour le président de l’Assemblée nationale, cette vision s’inscrit également dans une lecture assumée du panafricanisme.
« Le panafricanisme n’est pas pour la Guinée une nostalgie, c’est une boussole. Nous ne faisons face ni à l’Est ni à l’Ouest, nous faisons face à notre avenir », a-t-il déclaré.
Premier chantier : améliorer la qualité de la production législative.
Dr Dansa Kourouma veut manifestement tourner la page d’une conception quantitative du travail parlementaire. Pour lui, le nombre de textes adoptés ne saurait constituer à lui seul un indicateur de performance.
Une bonne loi, a-t-il défendu, est d’abord une loi qui produit des effets concrets dans la vie des citoyens.
La priorité sera ainsi donnée au renforcement de la qualité des textes et à leur effectivité, mais également au parachèvement du cadre juridique des institutions de la République.
L’enjeu n’est donc plus seulement de légiférer, mais de s’assurer que la loi votée est effectivement appliquée et qu’elle répond aux réalités du pays.
Deuxième axe majeur : la représentation de proximité.
Le président de l’Assemblée nationale a reconnu une critique régulièrement adressée aux élus : celle d’être davantage visibles pendant les périodes électorales qu’entre deux scrutins.
Pour la 10ᵉ législature, il entend mettre fin à cette distance entre les élus et leurs électeurs ; « Trop longtemps, le citoyen a eu le sentiment que son député ne le visitait qu’en période électorale. Ce sentiment, nous devons l’éradiquer définitivement », a-t-il affirmé.
Les vacances parlementaires devront désormais être considérées comme un temps de mandat, et non comme une période de repos.
Les députés devront retourner dans leurs circonscriptions, écouter les populations, expliquer les lois adoptées, recueillir les préoccupations des citoyens et constater directement l’état des services publics et des projets de l’État.
Autrement dit, le Parlement devra davantage descendre de l’hémicycle pour aller à la rencontre du pays réel.
Troisième priorité : le contrôle de l’action gouvernementale.
Sur ce terrain, Dr Dansa Kourouma défend une approche qui se veut à la fois ferme et constructive. Le contrôle parlementaire, insiste-t-il, ne doit être ni une opposition systématique au gouvernement, ni une forme de complaisance institutionnelle.
« Il n’est pas dirigé contre le gouvernement, il est exercé au service de l’action publique », a-t-il expliqué.
La rupture annoncée est surtout méthodologique : passer progressivement d’un contrôle de conformité à un contrôle de performance.
Une dépense publique peut être régulière sur le plan administratif. Mais la véritable question, selon le président de l’Assemblée, est désormais de savoir ce qu’elle a réellement produit.
« Il ne suffit plus de savoir si une dépense a été régulièrement engagée. Il faut savoir ce qu’elle a produit », a-t-il martelé.
Une exigence qui place directement l’efficacité de l’action publique au cœur du futur contrôle parlementaire. C’est précisément sur le programme Simandou 2040 que cette nouvelle approche devrait trouver l’un de ses principaux terrains d’application.
Pour le président de l’Assemblée nationale, le Parlement ne peut se contenter d’approuver une vision nationale ambitieuse. Il doit également surveiller sa mise en œuvre ; « Accompagner ne veut pas dire applaudir. Contrôler ne veut pas dire entraver », a-t-il prévenu.
L’Assemblée nationale entend ainsi suivre plusieurs indicateurs : respect des engagements et des calendriers, transparence dans la gestion des ressources, contenu local, création d’emplois pour les jeunes, protection de l’environnement et répartition équitable des retombées entre les territoires.
Simandou 2040 pourrait donc devenir l’un des premiers grands tests grandeur nature de la capacité de cette nouvelle Assemblée à exercer un contrôle parlementaire axé sur les résultats.
Cinquième priorité et peut-être la plus structurante : l’évaluation parlementaire des politiques publiques.
Dr Dansa Kourouma veut en faire la « marque distinctive » de cette 10ᵉ législature.
L’ambition consiste à dépasser le simple vote des lois et le contrôle administratif pour mesurer l’impact concret des politiques publiques sur les populations.
Les secteurs ciblés sont nombreux : emploi et jeunesse, éducation et formation professionnelle, santé, agriculture et souveraineté alimentaire, infrastructures, transformation économique, diversification, bonne gouvernance, développement local, décentralisation, environnement et transition numérique.
Une feuille de route ambitieuse qui place, de fait, les députés face à une obligation de résultats et d’évaluation.
Dans son discours, le président de l’Assemblée nationale a également appelé les députés à instaurer une nouvelle culture du débat politique.
Le désaccord devra porter sur les idées, les arguments et les politiques publiques, et non sur les personnes.
« Nous débattrons des idées, jamais des personnes. Nous combattrons des arguments, jamais des adversaires », a-t-il déclaré.
Et au-dessus des divergences politiques, une ligne rouge devra demeurer intangible: l’intérêt supérieur de la nation et l’unité de la Guinée.
À travers ce discours d’orientation, Dr Dansa Kourouma a fixé une ambition élevée à la 10ᵉ législature : faire du Parlement une institution davantage présente sur le terrain, plus exigeante dans la production des lois, plus rigoureuse dans le contrôle du gouvernement et plus attentive aux résultats des politiques publiques.
Mais derrière les annonces et les engagements, une question demeure : Cette nouvelle doctrine parlementaire résistera-t-elle à l’épreuve des faits ?
Car la promesse est désormais posée. Les 147 députés seront attendus sur la qualité des lois qu’ils voteront, leur présence auprès des populations, la rigueur de leur contrôle et leur capacité à évaluer les résultats de l’action publique.
Et c’est probablement là que se jouera la véritable crédibilité de cette 10ᵉ législature.
Le peuple, a prévenu Dansa Kourouma, attend des résultats, pas des promesses. La nouvelle Assemblée sait désormais ce qu’elle devra démontrer.
Par HAWA CAMARA






