CONAKRY — Et si les milliards attendus de l’exploitation de Simandou ne servaient pas seulement à financer les dépenses immédiates de l’État ?
Le gouvernement guinéen veut changer de paradigme dans la gestion des revenus tirés de ses ressources stratégiques et prépare la mise en place d’un Fonds souverain, destiné à transformer une partie de la rente minière en épargne durable et en investissements pour l’avenir.
- Pourquoi la Guinée veut-elle se doter d’un tel mécanisme ?
- Où en est le processus de création ?
- Et surtout, comment les revenus de Simandou seront-ils gérés ?
Interrogée par nimba224.com, la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, a apporté des précisions sur les ambitions et le calendrier de ce projet stratégique.
« Ce mécanisme vise à ne pas consommer l’intégralité des recettes minières dans les dépenses courantes. Les ressources issues de Simandou appartiennent aux générations actuelles, mais doivent également être préservées pour les générations futures », a expliqué la ministre.
Pour le gouvernement, l’enjeu est clair : éviter que l’afflux de revenus miniers ne se traduise par une hausse des dépenses de fonctionnement, au risque de fragiliser les finances publiques lorsque les cours des matières premières se retournent.
Le Fonds souverain doit ainsi permettre à la Guinée de mettre une partie de ses recettes minières à l’abri et de constituer une réserve financière capable d’amortir les futurs chocs économiques.
« Il faut mettre de côté une partie des recettes, à l’instar de modèles comme la Norvège, le Nigeria ou le Botswana, pour amortir d’éventuels chocs sur les cours des matières premières », a indiqué Mariama Ciré Sylla.
Derrière cette stratégie se dessine donc une volonté : convertir une richesse minière, par nature épuisable, en un patrimoine financier susceptible de profiter durablement à la Guinée.
Le futur Fonds souverain devrait reposer sur trois objectifs stratégiques majeurs.
Le premier est la stabilisation économique, afin de permettre à l’État de mieux résister aux fluctuations des prix des matières premières et aux éventuels retournements de conjoncture.
Le deuxième concerne le financement d’investissements structurants, avec l’ambition de transformer une partie des revenus miniers en actifs et infrastructures susceptibles de soutenir durablement le développement économique du pays.
Le troisième pilier est celui de l’épargne intergénérationnelle. Il s’agit de préserver une partie de la richesse générée aujourd’hui afin que les générations futures puissent, elles aussi, en bénéficier lorsque les ressources minières auront diminué ou auront cessé de produire.
Le projet n’en est plus au stade des simples intentions. Selon la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, les travaux préparatoires sont désormais largement avancés.
« Les travaux de conception du Fonds souverain sont très avancés : le cadre de gouvernance est en passe d’être finalisé et les modèles financiers sur ces trois axes sont définis », a-t-elle précisé.
La prochaine étape devrait porter sur la constitution de l’équipe chargée de piloter le mécanisme. « Le recrutement des équipes dirigeantes sera lancé prochainement pour une mise en place effective avant la fin de l’année », a annoncé Mariama Ciré Sylla.
Avec ce Fonds souverain, la Guinée entend donc poser les bases d’une nouvelle doctrine de gestion de sa rente minière : dépenser moins dans l’immédiat, investir davantage dans le long terme et préserver une partie de la richesse de Simandou pour les générations à venir.
L’enjeu dépasse ainsi la seule gestion budgétaire. Il s’agit désormais de savoir si la manne minière guinéenne pourra être transformée en capital durable, plutôt qu’en simple recette ponctuelle.
Par O.B






