lundi, mars 2, 2026
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DGI : audit des compétences, pénurie de moyens et malaise interne — l’administration fiscale face à ses propres limites

Conakry – La demande de la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget a agi comme un électrochoc. En exigeant un rapport d’état des lieux assorti des CV des cadres, la tutelle entend clarifier les compétences et les responsabilités au sein de la Direction Générale des Impôts (DGI).

Mais derrière cette initiative administrative se dessine une réalité plus complexe : celle d’une régie financière fragilisée, confrontée à des incohérences internes, à une pénurie chronique de moyens et à un déficit structurel de performance.

Selon plusieurs constats internes, la question des nominations et de la visibilité des profils pose problème. Beaucoup de cadres n’afficheraient pas clairement leurs parcours académiques ou leurs qualifications professionnelles. Cette opacité alimente les interrogations sur l’adéquation entre les postes occupés et les compétences requises.

Conséquence directe : une administration parfois en difficulté dans la production de rapports techniques, de mémoires et d’analyses stratégiques, pourtant indispensables à la conduite d’une politique fiscale moderne et performante.

Sur le plan financier, la situation interroge tout autant. En 2024, la DGI a bénéficié d’un budget de fonctionnement de 14 milliards de francs guinéens. Cette enveloppe couvre les charges d’assiette, de contrôle et de recouvrement, tant au niveau central que dans les structures déconcentrées.

À titre comparatif, l’administration fiscale du Sénégal disposerait d’un budget mensuel autonome estimé à 15 milliards FCFA — soit plus de 21 milliards GNF par mois. Un écart considérable qui met en lumière la faiblesse des moyens alloués à la régie guinéenne.

Au-delà des chiffres, la réalité matérielle est préoccupante :

1- Moins de 850 ordinateurs pour près de 1 800 agents ;

2- Une trentaine de véhicules de service pour l’ensemble du territoire ;

3- Mobilier vétuste ;

4- Absence de dispositifs énergétiques autonomes dans plusieurs services déconcentrés ;

5- Travail encore largement manuel dans certaines préfectures.

Dans plusieurs localités de l’intérieur du pays, les services fiscaux fonctionnent sans équipements électriques adaptés, ralentissant la délivrance des avis d’imposition et compliquant le suivi des dossiers.

Même les brigades de recouvrement doivent parfois recourir aux véhicules des mairies ou des préfectures pour leurs missions, faute de moyens propres.

Malgré les efforts du personnel, le taux de recouvrement reste faible au regard des prévisions. Les statistiques internes de 2023 évoquent un taux résiduel extrêmement bas, notamment en matière d’impôt sur les personnes physiques.

Plusieurs facteurs sont avancés :

1- insuffisance de personnel qualifié ;

2- formation continue limitée ;

3- faible couverture administrative en zones rurales ;

4- absence de moyens budgétaires suffisants.

Sur 495 cadres de catégorie A, seuls 43 auraient bénéficié d’une formation spécialisée en fiscalité à l’étranger, soit moins de 10 % de l’effectif concerné.

Autre difficulté : la concentration massive des agents dans la capitale. Les affectations à l’intérieur du pays restent peu attractives, alimentant un déséquilibre territorial qui freine l’élargissement de l’assiette fiscale et la mobilisation optimale des recettes locales.

Au-delà du débat sur les moyens, la question centrale reste celle de la gouvernance et de la gestion prévisionnelle des ressources humaines et budgétaires. Une allocation stratégique des effectifs, une meilleure répartition des dotations et une montée en compétences apparaissent comme des leviers incontournables.

Sans un renforcement significatif des ressources financières et logistiques, et sans une réforme interne axée sur la compétence et la performance, la Direction Générale des Impôts risque de demeurer en deçà de ses objectifs de mobilisation des recettes, pourtant cruciales pour le financement du budget de l’État et des collectivités locales.

La clarification demandée par la ministre pourrait ainsi marquer le début d’un chantier plus vaste : celui de la refondation de l’administration fiscale guinéenne.

 

 

 

Dr MAMADOU ALIOU BAH, Inspecteur Principal des Impôts (Article sur le site lerevelateur224.com)

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