CONAKRY – Malgré les assurances répétées des autorités monétaires, la crise de liquidités continue d’asphyxier les citoyens à Conakry. Dans plusieurs banques primaires de la capitale, retirer 10 à 45 millions de francs guinéens relève désormais de l’exploit, plongeant de nombreux usagers dans une précarité grandissante, en pleine période de fortes charges sociales.
Ce lundi, à Kaloum, O. T. Bangoura en a fait l’amère expérience. Bénéficiaire d’un chèque de 47 millions de francs guinéens issu d’une prestation de service, il s’est heurté à un mur : sa banque lui a opposé un plafond de retrait, limitant le versement à seulement 2 à 4 millions de francs, bien loin du montant sollicité. Contraint, il a dû multiplier les démarches, sans succès.
« L’argent est bien sur mon compte, mais je ne peux pas retirer la somme dont j’ai besoin. J’ai même essayé dans deux autres banques. Si vous demandez 30 millions, on vous propose à peine 2 millions. C’est vraiment inquiétant », témoigne-t-il, visiblement exaspéré.
Même constat pour Morlaye Soumah. Sur les 27 millions demandés, il n’a pu obtenir que 5 millions, après une longue attente.
« J’ai passé plus d’une heure avant de récupérer cet argent. C’est extrêmement compliqué, surtout en ce début de Ramadan, période où beaucoup soutiennent leurs familles à l’intérieur du pays. L’État doit prendre des mesures d’urgence », plaide-t-il.
Sur le terrain, la colère gronde. Pour de nombreux usagers, la situation est claire : « il y a un gros problème dans les banques ».
Pourtant, depuis août 2025, la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), en concertation avec les banques primaires, avait annoncé une série de mesures destinées à endiguer cette pénurie de liquidités. Mais plusieurs mois plus tard, les effets peinent toujours à se matérialiser dans les guichets.
Contactée par nimba224.com, une source proche de la Banque centrale, s’exprimant sous anonymat, rejette toute responsabilité de l’institution. Elle affirme que, conformément aux engagements du gouverneur, d’importantes quantités de nouveaux billets ont été injectées dans le circuit financier. Toutefois, elle pointe du doigt la thésaurisation pratiquée par certains citoyens, un phénomène qui, selon elle, contribue à entretenir la pénurie.
Pendant ce temps, à Conakry, les clients continuent d’arpenter les banques, chèque en main, dans l’espoir de récupérer leur propre argent — symbole d’une crise qui, loin des communiqués officiels, reste bien réelle.
Par nimba224.com






