CONAKRY – Le dossier judiciaire visant l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Mohamed Lamine Bangoura, est entré dans une phase décisive ce mercredi devant la Chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Au terme des débats et des réquisitions du ministère public, le parquet a requis dix ans d’emprisonnement ferme, une amende de 50 milliards de francs guinéens ainsi que la confiscation de l’ensemble des biens des prévenus.
Détenu à la Maison centrale de Conakry depuis le 15 décembre 2022, Mohamed Lamine Bangoura est poursuivi pour des faits présumés de détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et complicité. Dans cette affaire, il comparaît aux côtés d’Amadou Diallo, ancien vice-président de la Cour constitutionnelle, et de Sidiki Sylla, ancien directeur administratif et financier de l’institution. Les deux derniers, actuellement en fuite, font l’objet d’un mandat d’arrêt émis depuis novembre 2025.
Selon l’accusation, les poursuites portent notamment sur la gestion de 20 milliards de francs guinéens alloués au fonctionnement de la Cour constitutionnelle, 15 milliards de francs guinéens destinés à l’organisation des élections présidentielle, législatives et communales de 2020, ainsi que sur des rétrocommissions présumées évaluées à 9 milliards de francs guinéens dans le cadre des loyers du siège de l’institution.
L’audience a également été marquée par l’audition de Lancinet Kanko Kourouma, ancien greffier de la Cour constitutionnelle et partie civile dans ce dossier.
Devant la juridiction, ce dernier a affirmé avoir été privé de rappels de salaires auxquels il estimait avoir droit sous la présidence de Mohamed Lamine Bangoura. Il réclame ainsi près de 1,9 milliard de francs guinéens au titre des sommes qu’il considère impayées, ainsi que 1,65 milliard de francs guinéens en réparation du préjudice subi.
Face à ces accusations, Mohamed Lamine Bangoura a rejeté toute implication dans la gestion des rémunérations du personnel, soutenant que les paiements relevaient exclusivement des services centraux de l’État et non de la Cour constitutionnelle.
Dans ses plaidoiries, l’Agent judiciaire de l’État, Me Pépé Antoine Lamah, a estimé que les faits reprochés aux prévenus étaient suffisamment caractérisés.
Selon lui, aucun document justificatif n’a été fourni concernant l’utilisation des fonds publics mis à la disposition de la Cour constitutionnelle durant la période concernée. L’avocat de l’État a également soulevé des interrogations sur l’augmentation des loyers du siège de l’institution ainsi que sur l’origine des ressources ayant permis l’acquisition de biens immobiliers attribués à l’ancien président de la Cour constitutionnelle, notamment un duplex à Nongo et un immeuble à Dakar.
Estimant le préjudice subi par l’État particulièrement important, il a demandé la condamnation solidaire des prévenus au paiement de 41 milliards de francs guinéens.
À l’issue de ses réquisitions, le ministère public a considéré que les faits présumés de détournement de deniers publics, d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux étaient établis.
Le parquet a ainsi requis :
– 10 ans d’emprisonnement ferme contre chacun des trois prévenus ;
– Une amende de 50 milliards de francs guinéens ;
– La confiscation de tous leurs biens ;
La mise sous administration de ces avoirs par l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC).
De leur côté, les avocats de Mohamed Lamine Bangoura ont vigoureusement contesté les accusations.
Pour Me Fasciné Soumah, le dossier ne contient aucun élément matériel permettant d’établir les infractions poursuivies. La défense soutient que les montants évoqués par l’accusation n’ont jamais été reliés à des preuves concrètes de détournement ou d’enrichissement personnel.
Estimant que les charges ne reposent sur aucun fondement suffisamment solide, les conseils de l’ancien président de la Cour constitutionnelle ont demandé son acquittement pur et simple.
Prenant la parole une dernière fois avant la clôture des débats, Mohamed Lamine Bangoura s’est exprimé en quelques mots : « Je m’en remets au jugement de Dieu. »
Après avoir entendu les parties civiles, les réquisitions du parquet et les arguments de la défense, la Chambre de jugement de la CRIEF a mis l’affaire en délibéré.
Le verdict est attendu le 27 juin 2026, une échéance particulièrement attendue dans l’un des dossiers les plus sensibles examinés ces dernières années par la juridiction spécialisée dans la lutte contre la délinquance économique et financière en Guinée.
Par nimba224.com






