Conakry – Première sortie de terrain, premier avertissement ferme. Le nouveau ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, a effectué une visite de travail au Tribunal de Première Instance (TPI) de Dixinn, l’une des juridictions les plus stratégiques du pays.
Objectif affiché : prendre la mesure des réalités du terrain et rappeler, sans détour, les exigences de rigueur, de discipline et d’efficacité qui doivent guider l’action judiciaire.
Dans la salle d’audience, face aux magistrats et au personnel judiciaire, le premier président de la juridiction, Aboubacar Thiam, a dressé un constat sans fard : le TPI de Dixinn manque de moyens, parfois même de l’essentiel.
Il a plaidé pour la construction ou l’attribution d’un bâtiment moderne, estimant qu’un cadre digne est indispensable à la sérénité et à la crédibilité de la mission judiciaire. Selon lui, doter la juridiction d’infrastructures adaptées serait un marqueur fort du passage du nouveau Garde des Sceaux à la tête du département.
Mais le ministre n’est pas venu uniquement écouter. Il a aussi dénoncé les dysfonctionnements qui, selon lui, ternissent l’image de la justice guinéenne :
– Multiplication des renvois successifs ;
– Dossiers audiencés sans être techniquement prêts ;
– Décisions rendues tardivement ;
– Accumulation de procédures en instance.
Il a notamment relevé que le parquet de Dixinn comptabilise déjà 167 procès-verbaux à cette période de l’année, soulignant l’ampleur de la charge.
Pour lui, ces dérives ne sont pas de simples imperfections organisationnelles. Elles ont des conséquences structurelles graves, notamment en matière pénale : allongement des détentions provisoires, surpopulation carcérale, dégradation des conditions sanitaires et atteinte aux droits fondamentaux.
« Une justice qui tarde compromet les droits et affaiblit la confiance des justiciables », a-t-il martelé.
Dans un ton résolument ferme, le Garde des Sceaux a donné des directives précises :
– Démarrage des audiences à l’heure fixée ;
– Limitation stricte des renvois aux cas exceptionnels et motivés ;
– Rédaction diligente des décisions ;
– Fin des prorogations répétées de délibérés ;
– Encadrement des pratiques liées aux frais d’expédition des décisions judiciaires.
Il a insisté sur la coordination indispensable entre le siège, le parquet, le greffe et l’administration pénitentiaire, rappelant que l’efficacité de la chaîne pénale dépend de la responsabilité de chacun.
Autre annonce majeure : les dossiers anciens impliquant des détenus devront être traités en priorité afin de réduire les détentions prolongées sans jugement. Un suivi périodique des détentions provisoires sera mis en place.
L’ambition est affichée : Faire du TPI de Dixinn une juridiction modèle en matière d’organisation, de discipline et de gouvernance judiciaire.
Conscient des conditions de travail difficiles, le ministre a assuré qu’il défendrait l’amélioration des infrastructures et de l’environnement professionnel. Sans promettre formellement la construction immédiate d’un nouveau bâtiment, il s’est engagé à être « le premier avocat » de la juridiction.
Cette visite marque un signal fort : le nouveau Garde des Sceaux entend imprimer un changement de rythme.
Reste désormais à traduire ces injonctions en résultats concrets, dans une juridiction où chaque retard a un coût humain et institutionnel.
Par www.nimba224.com






