CONAKRY – Le procès autour de la spectaculaire saisie de 600 kilogrammes de cocaïne au large des côtes guinéennes a connu un nouveau rebondissement ce vendredi 8 mai 2026 devant le tribunal criminel de Kaloum. À la barre, les quatre accusés poursuivis pour détention, transport et importation de droue à haut risque ont catégoriquement rejeté toute implication dans ce dossier explosif.
Face à la juge Aïssatou Sakho, les prévenus — Mohamed Thiam, Bernardo Dasilva, Linus Obunajiké et Destiny Chuioké — ont tous affirmé avoir été embarqués dans cette affaire alors qu’ils intervenaient uniquement pour des travaux de réparation mécanique et électrique sur un bateau en haute mer.
Selon l’accusation, les quatre hommes ont été interpellés à bord d’une embarcation appartenant à un certain Mamadou Yéro Sylla, avec à son bord 20 colis de cocaïne de 30 kilogrammes chacun, soit une cargaison totale estimée à 600 kilogrammes. Depuis le 18 novembre 2024, ils sont détenus à la maison centrale de Conakry.
À l’audience, les versions livrées par les accusés ont toutes suivi la même ligne de défense : celle d’hommes présents sur le bateau dans un cadre strictement professionnel.
Premier à comparaître, Linus Obunajiké, apprenti mécanicien et père de quatre enfants, a expliqué avoir été appelé par son maître, Destiny Chuioké, afin de réparer une panne sur l’embarcation.
Dans un récit détaillé, il affirme avoir vu arriver un autre bateau transportant des colis présentés comme du matériel de pêche. « J’ai demandé ce qu’il y avait dans les colis. On m’a répondu qu’il s’agissait de filets et de matériels de pêche. Je ne savais absolument pas qu’il s’agissait de drogue », a-t-il déclaré devant le tribunal.
Le prévenu affirme avoir été réveillé en pleine nuit par les sirènes des gendarmes avant d’être arrêté puis conduit à la maison centrale.
Même son de cloche du côté de Destiny Chuioké, mécanicien nigérian domicilié à Boffa. Selon lui, les personnes présentes à bord avaient simplement décidé de passer la nuit en mer après les réparations du bateau. « Ce n’est qu’après notre arrestation qu’on nous a parlé de cocaïne », a-t-il soutenu.
Interrogé par le tribunal sur la durée de leur présence en haute mer, l’accusé a reconnu avoir passé deux jours sur l’embarcation en raison de l’ampleur des réparations à effectuer.
De nationalité portugaise, Bernardo Dasilva, électricien de profession, a lui aussi nié toute implication dans ce trafic présumé.
Le ministère public a toutefois corsé les débats en affirmant disposer d’éléments établissant que les colis saisis lui appartenaient. Une accusation immédiatement rejetée par l’intéressé. « C’est faux », a-t-il répliqué sèchement.
Le parquet a également soutenu que Mohamed Thiam l’avait désigné durant l’enquête préliminaire comme propriétaire présumé de la marchandise illicite. Là encore, Bernardo Dasilva a contesté en bloc.
Dans une atmosphère tendue, son avocat a dénoncé des accusations sans preuve formelle et insisté sur le fait que son client intervenait uniquement comme technicien de dépannage.
À la fin de son audition, le ressortissant portugais a demandé au tribunal l’autorisation de retourner dans son pays, même sous le coup d’une interdiction définitive de séjour en Guinée.
Dernier à comparaître, Mohamed Thiam, navigateur originaire de Kamsar et père de sept enfants, a également rejeté toute responsabilité dans cette affaire.
Dans une déclaration particulièrement suivie, il a expliqué que les colis avaient été présentés comme des filets de pêche livrés en pleine mer par un autre bateau, avant l’intervention des gendarmes. « Depuis ma naissance, c’était la première fois que je voyais de la cocaïne », a-t-il affirmé.
Mais le ministère public a rapidement relevé plusieurs contradictions entre ses déclarations à l’audience et celles faites pendant l’enquête préliminaire. Le parquet affirme notamment que le prévenu avait auparavant reconnu avoir été envoyé en mer pour récupérer des colis.
Une version que Mohamed Thiam a rejetée, soutenant avoir parlé sous la contrainte et la torture. Une accusation immédiatement balayée par le procureur, qui a rappelé que les mêmes déclarations avaient été répétées devant le juge d’instruction en présence de son avocat.
À l’issue des débats, le tribunal criminel de Kaloum a décidé de renvoyer l’affaire au 5 juin 2026 pour la poursuite des audiences.
Cette affaire, qui met en lumière l’ampleur grandissante des réseaux présumés de trafic de cocaïne transitant par les eaux ouest-africaines, continue de susciter une forte attention au sein de l’opinion publique guinéenne.
Par F. KEÏTA






