À quelques jours de la Tabaski, les marchés à bétail de Kamelia, dans la commune de Dixinn, sont envahis par les acheteurs, mais l’ambiance est loin d’être festive. Cette année, la célébration du sacrifice d’Abraham s’annonce particulièrement difficile pour de nombreux ménages guinéens confrontés à une explosion sans précédent des prix des moutons et des bœufs.
Dans les allées boueuses du marché, les regards sont lourds et les négociations tendues. Les prix des animaux ont littéralement flambé sous l’effet combiné de la rareté du bétail, des épizooties qui ont décimé plusieurs troupeaux et des difficultés d’approvisionnement en provenance du Mali et du Sénégal.
Pour espérer repartir avec un mouton de taille moyenne, il faut désormais débourser entre 2 500 000 et 5 000 000 GNF. Les béliers les plus prisés dépassent parfois les 10 000 000 GNF. Quant aux bœufs, leurs prix oscillent entre 6 000 000 et 12 500 000 GNF, un niveau jugé inaccessible pour une grande partie des familles.
« L’année dernière, un mouton à 3 millions faisait déjà débat. Aujourd’hui, certains atteignent 6 millions. Les maladies ont ravagé les troupeaux et les coûts de transport ont explosé », explique Thierno Ahmadou Bah, vendeur de bétail rencontré ce jeudi 21 mai 2026.
Selon les commerçants, les animaux importés du Mali restent les plus chers en raison des difficultés logistiques et sécuritaires dans ce pays, autrefois principal fournisseur des marchés guinéens.
Mais au-delà des prix exorbitants, les vendeurs dénoncent aussi les conditions précaires dans lesquelles ils travaillent. Entre manque d’eau, absence de fourrage et insuffisance d’espace, le marché de Kamelia peine à accueillir les centaines d’animaux arrivant quotidiennement à l’approche de la fête.
« Avec les premières pluies, le marché devient presque impraticable. Nous sommes confrontés à la boue et aux eaux de ruissellement », déplore un responsable des vendeurs.
Sur place, de nombreux citoyens repartent bredouilles après plusieurs heures de négociation infructueuse. Pour beaucoup, la Tabaski 2026 risque de se transformer en véritable casse-tête financier.
« Les prix sont devenus insupportables. En plus du mouton, il faut acheter les vêtements des enfants, préparer les repas et gérer toutes les dépenses de la fête. Beaucoup de familles ne pourront pas suivre cette année », confie Mohamed Socko, habitant de la capitale.
Face à cette situation, plusieurs ménages se résignent désormais à acheter un bœuf en groupe, faute de moyens suffisants pour acquérir individuellement un mouton.
À Kamelia, l’inquiétude grandit au fil des jours. Et à mesure que la Tabaski approche, une question revient sur toutes les lèvres : combien de familles pourront réellement célébrer la fête dans un contexte économique devenu étouffant ?
Par Ousmane SYLLA






