La justice guinéenne traverse une zone de turbulences sans précédent. En pleine grève du Barreau, c’est tout le calendrier de la CRIEF – Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières – qui s’effondre sous le poids d’un bras de fer persistant entre avocats et autorités.
Dans une note officielle publiée ce mardi 8 juillet 2025, le président de la Chambre de Jugement, Yacouba Conté, annonce le renvoi de toutes les affaires prévues au rôle pour le début du mois de juillet. Motif invoqué : l’impossibilité de garantir les droits de la défense dans un contexte de paralysie judiciaire généralisée.
Parmi les affaires reportées figurent des dossiers emblématiques de la lutte contre la corruption et les crimes économiques en Guinée. Les délibérés dans les affaires :
- Mamadou Saidou Baldé (détournement de deniers publics, faux et usage de faux, enrichissement illicite, corruption)
- Aly Sylla et Mahily Diaby (blanchiment de capitaux et enrichissement illicite) sont désormais fixés au 28 juillet 2025.
Quant à l’audience initialement prévue pour le 7 juillet, elle a été reportée au 30 juillet. Parmi les accusés concernés :
- Oyé Guilavogui, ancien ministre, poursuivi pour détournement et blanchiment de capitaux ;
- Ahmed Kairaba Keita, inculpé pour détournement de fonds publics et usage de faux ;
- Colonel Talla Diakité, mis en cause pour abus de confiance et trafic d’influence ;
- Fatoumata Sow et Ibrahima Sory Camara, poursuivis pour détention illégale de médicaments ;
- Ibrahima Kalil Camara, accusé d’enrichissement illicite, ainsi que plusieurs autres dossiers sensibles.
Ces renvois en cascade illustrent une asphyxie du système judiciaire, dont la CRIEF, pourtant vitrine de la lutte contre l’impunité économique, est aujourd’hui l’un des symboles les plus visibles. Pour les observateurs, ce ralentissement remet en question la capacité de l’État à faire fonctionner sa justice de manière indépendante et efficace en période de crise.
Le juge Yacouba Conté, dans sa note, insiste sur la nécessité de préserver les garanties d’un procès équitable, malgré les turbulences : « Dans un souci de respect des droits de la défense, nous avons décidé de reporter les délibérés et les audiences en attendant un retour à la normale. »
La question reste entière : les audiences prévues les 28 et 30 juillet pourront-elles se tenir si la grève perdure ? D’ici là, l’incertitude demeure. Les conséquences, elles, sont bien réelles : un embouteillage judiciaire préoccupant, des détenus dans l’attente, des victimes dans l’oubli, et un sentiment de blocage qui entame la crédibilité de la justice économique en Guinée.
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