
Depuis des décennies, la Guinée peine à écrire un nouveau chapitre de son histoire politique, où les idéaux de justice, de transparence et d’unité nationale domineraient les clivages. Pourtant, à chaque tournant politique, le pays semble retomber dans les mêmes travers : une politique gangrenée par le régionalisme et l’ethnicisme, où l’identité communautaire prévaut souvent sur la compétence, la vision et l’intérêt national.
Ce phénomène, profondément enraciné dans la culture politique guinéenne, compromet tout effort de renouvellement politique, étouffant les aspirations d’une population fatiguée des querelles identitaires qui paralysent le développement du pays.
Un héritage empoisonné : le poids de l’ethnie dans la politique
Depuis l’indépendance, la Guinée a vu ses dirigeants jouer sur les appartenances ethniques pour consolider leur pouvoir. Au lieu de bâtir un État-nation unifié, les divisions entre les principales communautés ethniques ont été instrumentalisées à des fins politiques. Chaque régime semble privilégier ses « fils », qu’ils soient issus de sa région natale ou de son groupe ethnique, marginalisant ainsi une partie importante de la population.
Cette politique d’exclusion, basée sur l’identité communautaire, a eu des conséquences graves. Elle a créé un climat de méfiance, renforcé les rivalités interethniques et entravé l’émergence d’un véritable esprit de citoyenneté nationale. L’ethnicisme n’est plus seulement un outil de mobilisation électorale, mais une stratégie permanente pour accéder aux ressources et les contrôler, au détriment de l’intérêt général.
Le régionalisme comme frein au progrès
À l’échelle régionale, les mêmes dynamiques se répètent. Les nominations politiques, les projets de développement et même les infrastructures sont souvent attribués en fonction des affiliations régionales, plutôt que des priorités stratégiques. Cette logique crée une inégalité criante entre les régions, certaines bénéficiant d’investissements massifs tandis que d’autres sont délaissées.

Cette approche politicienne du développement empêche une répartition équitable des ressources, exacerbe les frustrations et nourrit un sentiment de marginalisation chez certaines communautés. Résultat : le régionalisme devient une arme pour les populations exclues, attisant les tensions sociales et les revendications identitaires.
Un renouvellement politique illusoire
Ces dernières années, des appels au renouvellement politique ont émergé, portés par une jeunesse en quête de changement. Mais ces aspirations se heurtent à la vieille garde politique, qui continue d’utiliser les ethnies et les régions comme levier de contrôle.
Le processus de renouvellement semble être piégé par les mêmes pratiques du passé. Les nouveaux visages politiques ne sont souvent que des figures émergentes de la même logique régionaliste, ou des relais des anciennes élites, incapables de briser le cycle.
Même les mouvements de réforme ou les initiatives de transition politique, pourtant présentés comme des opportunités de rupture, finissent par reproduire les mêmes schémas. La composition des gouvernements, des institutions et des partis politiques reste dominée par une logique de quotas ethniques ou régionaux, au détriment d’une véritable méritocratie.
Les conséquences pour la Guinée
Cette dynamique ethno-régionale a des répercussions graves sur le développement du pays. Elle alimente la corruption, car les responsables politiques cherchent souvent à enrichir leur communauté ou à sécuriser leurs positions, au lieu de servir l’intérêt national.
Elle empêche également l’émergence d’une véritable opposition politique. Les partis politiques, au lieu de s’articuler autour de programmes ou de visions, se forment et se structurent principalement sur des bases identitaires, affaiblissant le débat démocratique et réduisant les perspectives d’alternance crédible.
Pire encore, cette politique basée sur l’ethnie et la région affaiblit la cohésion sociale. Elle renforce les stéréotypes, nourrit les discriminations et divise les citoyens, qui se perçoivent davantage comme membres d’une communauté qu’en tant que Guinéens partageant un destin commun.
Comment briser le cercle vicieux ?
La Guinée ne pourra se renouveler politiquement que si elle parvient à dépasser ces clivages identitaires. Cela nécessite une réforme en profondeur de son système politique :
1. Mettre fin aux quotas ethniques et régionaux dans les nominations publiques, en favorisant des critères basés sur la compétence et le mérite.
2. Renforcer l’éducation civique et nationale, pour inculquer aux jeunes générations l’importance de l’unité nationale et du vivre-ensemble.
3. Favoriser une gouvernance inclusive, où chaque Guinéen se sent représenté, quelle que soit son origine.
4. Créer un cadre légal et institutionnel qui pénalise l’utilisation des discours ethniques dans les campagnes électorales et les nominations publiques.
Le renouvellement politique en Guinée ne pourra être effectif que si les dirigeants, les élites et les citoyens s’engagent collectivement à briser les chaînes de l’ethnicisme et du régionalisme. Sans cette rupture, la Guinée continuera de stagner dans un cycle de division, incapable d’exploiter son immense potentiel humain et naturel pour bâtir un avenir commun prospère.
Un appel à l’unité
La Guinée est à un carrefour historique. Elle doit choisir entre perpétuer les divisions qui l’ont affaiblie ou emprunter la voie de l’unité et de la justice. Le pays ne pourra se développer qu’en surmontant les barrières ethniques et régionales, et en adoptant une politique véritablement inclusive, tournée vers le progrès pour tous.
Par Bangoura Ousmane






