Conakry – C’est une affaire explosive mêlant militaires, pêcheurs, commerçantes et enseignants qui a secoué le tribunal de Kaloum ce lundi. Dix-sept personnes, dont sept femmes, sont poursuivies pour détention, consommation et trafic de drogue, suite à la saisie de 36 sacs contenant 773 kilogrammes de Kush, une drogue hautement prisée et dangereuse, dans une concession située au cœur de la presqu’île de Kaloum.
Parmi les mis en cause figure un haut gradé de l’armée, le Colonel Sékou Camara, dont le domicile aurait servi de lieu de stockage pour cette cargaison colossale de stupéfiants.
L’affaire a débuté par l’interpellation d’Issa Cissé, pêcheur de profession, locataire dans le bâtiment appartenant au Colonel. Il reconnaît partiellement les faits :
« Il y avait 36 sacs dans le couloir, 7 m’appartiennent, les autres non. La drogue n’était pas dans ma chambre, mais dans la concession », a-t-il déclaré à la barre.
Fatoumata Sylla, épouse du Colonel et mareyeuse de profession, rejette toute implication : « C’est dans notre magasin que la drogue a été trouvée, mais je ne sais pas qui l’y a déposée. »
Mais pour le procureur, la ligne de défense est peu crédible : « Comment un locataire peut-il entreposer autant de sacs à proximité de votre chambre sans que vous ne le sachiez ? Avec l’odeur, le volume… Vous êtes complice. »
Appelé à la barre, le Colonel Sékou Camara nie toute connaissance des faits :
« Je rentre du travail et je dors. Je ne savais rien. Ma femme ne m’a rien dit. Mes enfants non plus. »
Une version que le procureur balaie sèchement:
« Vous êtes une couverture pour les narcotrafiquants. En tant que Colonel, vous offrez un bouclier sécuritaire à ceux qui veulent nuire à la société. »
Parmi les prévenus, Nanette Camara reconnaît avoir été interpellée avec 149 boules de Kush destinées à la vente :
« Je ne consomme pas, je vends juste. J’ignorais les conséquences. »
D’autres comme Victoria Kai, Mabinty Mansaré, Aly Soumah, Issatou Kamara ou encore Aboubacar Bangoura ont nié en bloc toute implication, malgré les preuves brandies par le ministère public. Certaines ont été prises en possession de centaines de boules de Kush, d’autres dans des chambres où les substances ont été retrouvées.
Âgés de 18 à 66 ans, les accusés, dont plusieurs ressortissants de la Sierra Leone, viennent de tous horizons : enseignants, pêcheurs, vendeuses, conducteurs de taxi-moto… Un véritable réseau socialement diversifié mis à nu dans une affaire qui révèle l’ampleur de l’économie souterraine liée à la drogue.
Le tribunal a renvoyé l’affaire au mardi 8 juillet 2025 pour les réquisitions et plaidoiries, dans ce dossier qui pourrait devenir l’un des plus marquants en matière de lutte contre le trafic de stupéfiants en Guinée.
Par nimba224.com






