mardi, mars 3, 2026
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Conakry : explosion du marché des aphrodisiaques, entre mythe de performance et risques sanitaires

Depuis plusieurs mois, un phénomène gagne du terrain dans les quartiers de Conakry : la vente et la consommation effrénées de produits dits « aphrodisiaques ». De Madina à Koloma, en passant par Matoto et Bonfi, des étals de fortune, des boutiques spécialisées, mais aussi des vendeurs ambulants proposent toutes sortes de stimulants sexuels présentés comme miraculeux.

Gélules, poudres, sirops, racines ou décoctions artisanales : l’offre est aussi diverse que populaire, portée par une demande grandissante.

Un engouement en hausse

À la base de cette ruée, un discours largement répandu autour de la « performance sexuelle », perçue comme un critère de virilité et d’estime sociale. Selon plusieurs commerçants rencontrés dans les marchés de la capitale, la clientèle est composée en majorité de jeunes hommes, parfois très jeunes, mais aussi de personnes âgées souhaitant « retrouver leur vigueur d’antan ».

« Ce sont des produits naturels, à base de plantes. Il n’y a pas de danger si on les prend correctement », soutient un vendeur au marché de Madina, qui affirme écouler plusieurs dizaines de doses par jour.

Un marché sans régulation

Si certains produits sont importés avec des emballages sophistiqués et des noms évocateurs comme Black Horse, Max Man ou encore Tiger Power, une grande partie du commerce repose sur des préparations locales, souvent fabriquées dans l’ombre, sans contrôle ni autorisation sanitaire. Cela soulève de sérieuses inquiétudes chez les professionnels de santé.

« Beaucoup de ces produits ne sont ni testés ni homologués. Ils peuvent contenir des substances dangereuses ou interagir négativement avec d’autres traitements médicaux », alerte Dr Ibrahima Touré, pharmacologue à Conakry. « Le risque d’effets secondaires graves est bien réel : troubles cardiaques, insuffisances rénales, ou dépendance psychologique à ces produits. »

Une réponse encore timide des autorités

Face à l’ampleur du phénomène, les autorités sanitaires semblent pour l’instant en retrait. Aucune campagne de sensibilisation ciblée n’a été menée à grande échelle, et les contrôles sur la vente de ces substances restent sporadiques. Pourtant, les spécialistes appellent à une réglementation stricte du marché et à une meilleure éducation sexuelle de la population.

Entre tabou et santé publique

La montée en puissance de la consommation d’aphrodisiaques à Conakry révèle aussi un malaise plus profond : le manque d’espace pour parler librement de sexualité, d’éducation sexuelle et de bien-être conjugal. Dans un contexte où la virilité est souvent sacralisée, beaucoup d’hommes préfèrent recourir à ces produits en silence, au lieu de consulter un professionnel de santé.


Le phénomène, s’il reste ignoré, pourrait devenir un véritable problème de santé publique. Il interpelle à la fois les décideurs, les professionnels du secteur pharmaceutique et les leaders d’opinion sur l’urgence d’une réponse globale et structurée.

Par Bangoura Ousmane

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