À Conakry, une affaire rocambolesque opposant deux ressortissants chinois s’est invitée devant le tribunal de première instance de Kaloum. En toile de fond : un prêt de 75 000 dollars US, consenti au cœur d’un casino situé à la Cité Chemin de Fer, qui tourne à la trahison entre “amis” de longue date. Chen Xun Luan, gérant du casino, accuse Zhe Fang Zheng, amateur notoire de jeux, d’avoir contracté cette dette sans jamais l’avoir remboursée intégralement.
Le plus surprenant dans cette affaire n’est pas seulement le montant ou le cadre — un casino opéré par des étrangers en plein centre de la capitale — mais surtout la manière cavalière dont elle illustre le mépris latent pour la rigueur et les règles, dans un pays où l’économie informelle et l’opacité sont déjà de sérieuses préoccupations.
D’après les révélations à l’audience du mardi 6 mai, le prévenu s’est présenté sans argent, a obtenu les 75 000 dollars en jetons de jeu, et n’a, selon la partie civile, remboursé que partiellement, en offrant une camionnette estimée à 40 000 dollars. Pour le reste ? Une montre prétendument d’une valeur d’un milliard de francs guinéens, mais dont l’authenticité soulève déjà des doutes. Cette dernière est désormais entre les mains du parquet.
Une affaire révélatrice non seulement des dérives dans certains cercles économiques étrangers installés en Guinée, mais aussi du laxisme avec lequel certaines structures fonctionnent, sans encadrement réel de l’État. Alors que les Guinéens peinent à accéder à des financements pour entreprendre, des flux importants d’argent circulent entre mains étrangères, dans un quasi-abandon des règles formelles.
Pire encore : le prévenu, Zhe Fang Zheng, ne s’est même pas présenté à l’audience. Un acte qui a visiblement irrité le tribunal, présidé par le juge Mamadou Bhoye Diallo. Ce dernier a renvoyé l’affaire au 27 mai pour comparution obligatoire, réquisitions et plaidoiries, ordonnant également la mise sous scellé de la fameuse montre.
Entre business incontrôlé et gestion humaine douteuse, cette affaire interpelle : qui contrôle réellement ce qui se passe dans certains secteurs stratégiques en Guinée ? Et à quel prix pour les citoyens ?
Par Bangoura Ousmane






