CONAKRY – La crise sociale franchit un nouveau seuil à la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG). Ce mercredi 19 août 2026, le siège principal de l’institution, à Kaloum, a été fortement perturbé par un mouvement de rassemblement du personnel, sur fond de bras de fer entre les travailleurs et la direction.
Dès les premières heures, les activités ont été interrompues et de nombreux travailleurs se sont regroupés dans le hall du bâtiment. Dans le même temps, un important dispositif sécuritaire a été déployé aux abords et à l’intérieur du siège de la BCRG.
Des éléments de la Brigade spéciale d’intervention de la Police (BSIP) ainsi que du Commissariat central de Kaloum étaient visibles sur les lieux, avec des patrouilles effectuées autour des bâtiments et dans certaines zones de l’institution.
Cette mobilisation intervient alors que trois membres de la délégation syndicale des travailleurs ont été convoqués et auditionnés ce mercredi à la Direction centrale de la police judiciaire (DPJ).
Selon une source proche de la délégation syndicale, leur convocation ferait suite à une plainte déposée par l’un des gardes du corps du gouverneur de la BCRG.
Les syndicalistes seraient poursuivis pour des faits présumés de menaces, d’agression et de trouble à l’ordre public, selon cette même source.
Après leur audition à la DPJ, les trois représentants syndicaux ont été déférés au tribunal de première instance de Kaloum. Ils devraient être présentés à un magistrat, qui devra examiner les faits qui leur sont reprochés et les éléments du dossier.
À ce stade, aucune décision judiciaire définitive n’a été rendue et les intéressés demeurent présumés innocents.
Cette procédure judiciaire intervient dans un contexte social déjà tendu au sein de la BCRG. La délégation syndicale avait précédemment déposé un préavis de grève couvrant la période du 10 au 20 août 2026, afin de porter plusieurs revendications.
Selon une source syndicale, la mobilisation de ce mercredi est directement liée aux poursuites engagées contre les représentants des travailleurs.
Les employés réclament notamment la libération de leurs leaders et conditionnent la reprise normale du travail à l’issue favorable de cette procédure.
Le mouvement pourrait ainsi prendre une nouvelle dimension à l’approche de l’échéance du préavis de grève.
La présence massive des forces de sécurité au siège de la Banque centrale témoigne de la sensibilité de la situation. Des policiers étaient déployés aux différents accès de l’institution, tandis que d’autres effectuaient des patrouilles à l’intérieur et autour du bâtiment. Cette situation intervient dans un contexte particulièrement délicat pour la BCRG, institution au cœur du dispositif financier et monétaire du pays.
Notre rédaction a tenté à plusieurs reprises de joindre le Gouverneur de la BCRG ainsi que le responsable chargé de la communication afin de recueillir leur version des faits et leurs éventuelles explications sur la situation. Ces tentatives sont restées sans réponse jusqu’au moment de la mise en ligne de cet article.
Avec le déferrement des trois syndicalistes devant le tribunal de Kaloum, le dossier quitte désormais le seul terrain social pour entrer dans le champ judiciaire.
Le magistrat saisi devra déterminer la suite à donner à la procédure, au regard des faits reprochés et des éléments disponibles.
Plusieurs issues restent possibles, notamment une absence de poursuites ou, si les conditions légales sont réunies, l’ouverture de poursuites pouvant éventuellement conduire à un contrôle judiciaire ou à un placement en détention, conformément à la procédure applicable.
Pour l’heure, les circonstances exactes des incidents à l’origine de la plainte restent à établir, tout comme la version complète des trois syndicalistes.
Une chose est certaine : à la BCRG, le conflit social vient de franchir les portes de la justice. Et à quelques heures de l’expiration du préavis de grève, la tension reste maximale.
Par M. Diallo






