CONAKRY – Alors que le manque de financement continue de freiner la modernisation de nombreuses exploitations agricoles en Guinée, le Fonds de Développement Agricole (FODA) entend jouer un rôle de catalyseur. Depuis sa création en 2022, le dispositif mise sur le crédit, le financement des équipements, les partenariats avec les institutions financières et la digitalisation pour stimuler l’investissement dans les chaînes de valeur agricoles.
Le potentiel agricole de la Guinée est considérable. Mais entre ce potentiel et sa transformation en investissements productifs, un obstacle persiste : l’accès au financement.
Garanties difficiles à mobiliser, conditions de crédit parfois peu adaptées aux cycles de production et perception élevée des risques constituent autant de contraintes auxquelles sont confrontés producteurs, entrepreneurs et investisseurs agricoles.
C’est précisément sur ce terrain que le Fonds de Développement Agricole (FODA) entend intervenir.
Créé en 2022, le Fonds est placé sous la tutelle technique du ministère de l’Agriculture et la tutelle financière du ministère de l’Économie, des Finances et du Budget. Sa mission : faciliter l’accès des acteurs agricoles à des financements adaptés et soutenir les investissements susceptibles d’accélérer la transformation du secteur.
Le dispositif cible un large éventail d’acteurs : producteurs, coopératives, organisations professionnelles agricoles, PME, grands exploitants et investisseurs engagés dans les chaînes de valeur prioritaires.
Les interventions couvrent notamment les productions végétales et animales, la pêche, l’aquaculture, la mécanisation, l’agro-industrie et l’innovation.
Depuis son lancement, 178 projets agricoles, dont 45 en 2025, ont été accompagnés, pour un financement annoncé de plus de 15 milliards de francs guinéens.
À travers des mécanismes de cofinancement et de refinancement développés avec les banques et les institutions de microfinance partenaires, le FODA cherche ainsi à faciliter l’accès des porteurs de projets au crédit.
L’autre levier stratégique du Fonds concerne la mécanisation.
À travers un mécanisme de crédit-bail, les promoteurs peuvent accéder à du matériel agricole neuf avec un apport initial de 35 %, le solde étant remboursé sur une période pouvant atteindre 36 mois, selon un échéancier adapté.
Ce mécanisme a permis, selon les données communiquées par le Fonds, la mise en service de 307 équipements agricoles, notamment des tracteurs et des moissonneuses, au profit des producteurs.
Un dispositif qui vise à répondre à l’un des défis majeurs du secteur : accroître la productivité grâce à une mécanisation davantage accessible aux exploitants.
Pour élargir l’accès au financement, le FODA mise également sur le partenariat avec les banques, les institutions de microfinance et les compagnies d’assurance.
L’objectif affiché est de favoriser un meilleur partage des risques et de créer des conditions plus favorables au financement des entreprises et projets agricoles.
Depuis 2022, plus de 300 milliards de francs guinéens auraient ainsi été mobilisés à travers les différentes interventions du FODA.
Le Fonds indique par ailleurs que plus de 60 % des projets soutenus sont portés par des jeunes et des femmes, répartis sur l’ensemble du territoire national.
Autre chantier engagé : la digitalisation de l’accès aux services du Fonds.
À travers la plateforme Ma Faley, les porteurs de projets peuvent soumettre leurs demandes en ligne, transmettre les pièces nécessaires et suivre l’évolution de leur dossier jusqu’au décaissement du financement ou à la livraison des équipements.
Cette digitalisation vise notamment à rapprocher les services du FODA des bénéficiaires installés à l’intérieur du pays, tout en renforçant la traçabilité et la transparence du processus de traitement des demandes.
Au-delà des mécanismes financiers, l’enjeu est plus large. En facilitant l’accès au crédit, en soutenant la mécanisation et en accompagnant les investissements dans les chaînes de valeur, le FODA ambitionne de contribuer à une agriculture plus productive et plus compétitive.
La finalité affichée est de stimuler l’investissement privé, améliorer les revenus des acteurs ruraux, créer davantage d’emplois et renforcer la capacité de la Guinée à produire et transformer localement.
Dans un secteur où le manque de capitaux demeure l’un des principaux freins à la modernisation, le FODA entend ainsi transformer le financement agricole en véritable levier de croissance et de souveraineté alimentaire.
Par A.CAMARA






