Le ton est grave, le regard chargé d’amertume. Devant une salle comble à la Maison de la Presse, Alexandre Zotov, homme d’affaires russe et PDG de la société Africa Bauxite Corporation (ABC), a livré un témoignage poignant, aux allures de cri du cœur. Il accuse l’ancien ministre des Mines, Ahmed Kanté, d’avoir orchestré un détournement méthodique de son projet minier à Boffa, fruit de seize années d’efforts et d’un investissement de plus de 60 millions de dollars.
« Il m’a pris mon argent, mes idées, mes contacts… et seize années de ma vie », a-t-il déclaré, la voix serrée par l’émotion.
Zotov affirme qu’Ahmed Kanté, alors haut cadre du secteur minier, aurait utilisé sa position stratégique pour manipuler les institutions guinéennes, contourner les contrats signés, et imposer sa propre société dans un projet initialement conçu et financé par ABC.
« Il a transformé son rôle de consultant en celui de propriétaire. Il a écarté ma société du capital, a récupéré mes contacts, mon réseau d’investisseurs, et tout cela sans jamais injecter un centime dans le projet. »
Ce scénario ne relève pas seulement d’une trahison individuelle, mais d’un système organisé, avec la complicité de certains cadres guinéens, pour dépouiller un investisseur étranger et s’approprier les bénéfices d’un projet industriel stratégique.
Le projet porté par Zotov devait inclure non seulement une mine de bauxite, mais également un port minéralier et une raffinerie, visant à créer des centaines d’emplois en Guinée. Mais selon l’homme d’affaires, l’intégralité de la vision, des plans, des accords de partenariat et des études de faisabilité a été transférée de force à une société concurrente montée par Kanté et ses proches.
« Ils ont volé mon projet dans les moindres détails. Aujourd’hui, ils l’exploitent comme si c’était le leur. C’est du vol pur et simple, avec la bénédiction de certains complices. »
Alors que la Guinée cherche à renforcer son attractivité auprès des investisseurs étrangers, ce dossier fait tache, aucun investisseur sérieux ne viendra dans un pays où ses droits peuvent être balayés par des manœuvres politiques et judiciaires.
« Le signal envoyé à la communauté internationale est catastrophique. Si un ministre peut spolier un partenaire étranger sans conséquence, alors la Guinée devient un pays à haut risque pour tout investissement étranger. »
L’affaire, déjà qualifiée par certains d’affaire de la décennie, est désormais portée devant la Cour d’appel de Conakry. Mais pour Zotov, la bataille est aussi morale : obtenir justice, redorer l’image de la Guinée… et récupérer ce qu’on lui a arraché.
Par O. Bangoura





