CONAKRY – La bataille pour diriger les préfectures et les gouvernorats de Guinée est officiellement entrée dans sa phase décisive. Entre 735 fonctionnaires en compétition pour 41 postes de préfet et 28 postulants pour seulement deux postes de gouverneur, le processus de sélection engagé par le ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation suscite une forte mobilisation au sein de l’administration publique.
Ce jeudi 5 novembre, au siège dudit ministère, à Kaloum, les candidats présélectionnés ont été soumis aux premières épreuves d’évaluation dans le cadre de ce recrutement interne inédit dans ses modalités. L’objectif affiché par la ministre Djenabou Touré : identifier des cadres compétents, expérimentés et suffisamment outillés pour assurer la représentation de l’État et coordonner efficacement l’action gouvernementale à l’intérieur du pays.
Les chiffres donnent la mesure de la compétition. Sur les 735 fonctionnaires ayant postulé aux 41 postes de préfet, seuls 92 ont franchi l’étape de la présélection sur dossier.
La sélection est encore plus restrictive pour les postes de gouverneur : sur les 28 candidatures enregistrées, seuls deux postulants ont été retenus pour participer aux épreuves.
Les candidats présélectionnés sont ainsi appelés à démontrer leurs compétences à travers des épreuves pratiques de trois heures. Les sujets portent notamment sur les grandes problématiques nationales, la coordination de l’action gouvernementale et la gestion des dossiers administratifs dans les territoires.
Une étape déterminante avant les entretiens et la transmission des candidatures à l’autorité de nomination.
En lançant officiellement les épreuves, la ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation a expliqué que cette démarche découle directement de sa lettre de mission, notamment en matière de développement local et de gouvernance participative.
Pour Djenabou Touré, la réussite de ces objectifs dépend avant tout de la qualité des ressources humaines déployées dans les collectivités territoriales.
Elle rappelle que les préfets et les gouverneurs ne sont pas de simples responsables administratifs. Ils représentent le chef de l’État ainsi que les différents départements ministériels dans leurs circonscriptions respectives.
« On a besoin de qualifier les hommes et les femmes qui doivent occuper ces postes, parce qu’il faut que ce soient des personnes hautement qualifiées, professionnelles et capables de parler de toutes les questions », a-t-elle expliqué.
La ministre estime notamment que les futurs administrateurs territoriaux doivent maîtriser les politiques publiques des quelque 30 départements ministériels afin d’assurer la coordination de l’action gouvernementale et d’accompagner techniquement les directeurs préfectoraux et régionaux.
Autre particularité de cette opération : son caractère interne, ouvert aux fonctionnaires de l’administration du territoire, aussi bien au niveau central que dans les services déconcentrés à l’intérieur du pays.
Selon la ministre, cette démarche vise à offrir les mêmes possibilités de candidature aux cadres qui ne disposent pas nécessairement de relations directes avec les responsables de l’administration centrale.
« C’est la raison pour laquelle nous avons engagé ce processus de recrutement afin de donner la chance à tous les cadres, au niveau central et à l’intérieur du pays, qui parfois n’ont pas la chance de connaître le ministre, un conseiller ou le directeur national, de candidater », a-t-elle précisé.
À travers cette méthode, le département entend faire émerger des profils sur la base de leurs compétences et de leur capacité à répondre aux exigences de l’administration territoriale.
La ministre a toutefois tenu à lever toute ambiguïté sur la procédure de nomination. Contrairement à ce que pourrait laisser croire le processus de recrutement, les résultats du concours ne confèrent pas automatiquement aux candidats retenus le droit d’occuper les fonctions de préfet ou de gouverneur.
« Ce n’est pas Madame la ministre qui nomme. La nomination aux postes de préfet et de gouverneur relève du pouvoir discrétionnaire du président de la République, sur proposition de la ministre de l’Administration du territoire », a clairement rappelé Djenabou Touré.
Les candidats qui se distingueront lors des épreuves pratiques seront ainsi convoqués pour des entretiens. Les listes issues de cette sélection seront ensuite soumises au président de la République, Mamadi Doumbouya, à travers le Premier ministre et son cabinet.
Le calendrier annoncé par la ministre est particulièrement serré. Selon ses explications, les copies doivent être corrigées dès ce jeudi soir, avec la publication des résultats et l’organisation des entretiens prévues dès le lendemain, vendredi 6 novembre.
L’ambition affichée est de proposer au chef de l’État des administrateurs territoriaux capables de porter efficacement sa vision du développement national, notamment à travers le programme Simandou 2040.
« Nous voulons proposer au chef de l’État des personnes qualifiées, des personnes compétentes, pour que la vision qu’il a pour la Guinée et le programme Simandou 2040 que nous voulons mettre en œuvre se concrétisent rapidement dans nos territoires », a déclaré la ministre.
Au-delà des chiffres et de la compétition entre fonctionnaires, ce processus pose un enjeu majeur : celui de la qualité de la gouvernance territoriale et de la capacité des futurs préfets et gouverneurs à transformer les orientations nationales en actions concrètes sur le terrain.
735 candidats pour 41 postes de préfet, 28 postulants pour deux postes de gouverneur : la sélection est lancée. Reste désormais à savoir quels profils réussiront à convaincre les évaluateurs avant que le dernier mot ne revienne au président de la République.
Par A. CAMARA






