CONAKRY – À peine revenu au pays, le président Mamadi Doumbouya aurait-il trouvé sur son bureau un dossier suffisamment sensible pour déclencher une série d’événements en cascade ? Auditions de trois anciens responsables, absence remarquée à l’accueil présidentiel, séjour dans les locaux de la Gendarmerie, puis limogeages une semaine plus tard : la chronologie interpelle et relance les interrogations autour du marché de la Corniche Tombo–Port autonome.
Le 14 août, jour du retour du chef de l’État à Conakry, Mory Condé, Mourana Soumah et Mahamadou Abdoulaye Diallo, trois anciens responsables ayant exercé des fonctions importantes dans la chaîne de préparation, de passation ou de suivi de projets publics, auraient été entendus par la Direction centrale des investigations judiciaires (DCIJ), selon des informations rapportées par nos sources.
Une audition qui, si elle est confirmée, serait intervenue au moment même où le président de la République était accueilli à l’aéroport.
Une semaine plus tard, le 21 août, les trois responsables sont limogés. Plus troublant encore, selon nos sources, ils auraient été conduits ou maintenus dans les locaux de la Gendarmerie dans la nuit du 21 au 22 août.
Simple coïncidence de calendrier ou séquence judiciaire déjà enclenchée ? À ce stade, impossible de l’affirmer. Mais l’enchaînement des événements nourrit nécessairement les interrogations.
Si les informations relatives aux auditions du 14 août et au séjour des trois responsables dans les locaux de la Gendarmerie sont confirmées, elles pourraient laisser penser que des investigations étaient déjà en cours avant les décisions présidentielles du 21 août.
Mais cette lecture demeure, pour l’heure, une hypothèse. Aucune communication officielle des autorités judiciaires n’a, à ce stade, précisé les faits reprochés aux intéressés, leur statut procédural exact ou le périmètre de l’éventuelle enquête.
Une prudence s’impose donc : la concordance des dates et des événements ne suffit pas, à elle seule, à établir un lien de causalité.
Depuis son retour, le président Mamadi Doumbouya a de nouveau affiché sa détermination à renforcer la lutte contre la corruption et à imposer davantage d’exemplarité aux responsables publics.
C’est dans ce contexte politique que surviennent les limogeages du 21 août.
Pour autant, le chef de l’État n’a pas publiquement indiqué que le marché de la Corniche Tombo–Port autonome constituait le motif des décisions prises contre les trois responsables.
Certes, plusieurs éléments semblent se croiser : le calendrier des auditions rapportées par nos sources, les responsabilités antérieurement exercées par les trois hommes, le dossier de la Corniche et les décisions présidentielles.
Mais entre corrélation et causalité, il reste encore un pas que seule une procédure officielle permettrait de franchir.
Le marché de la Corniche Tombo–Port autonome constitue néanmoins un dossier particulièrement sensible. Le projet concerne environ 2,3 kilomètres et représente un montant de 433,99 milliards de francs guinéens TTC. L’entreprise GUICOPRES-BTP en est l’attributaire et l’attribution définitive remonte au 25 mars 2025.
À l’échelle d’un marché public de cette importance, les responsabilités ne peuvent être réduites à une seule personne ou à une seule administration.
Derrière l’attribution d’un tel contrat se trouve toute une chaîne de décisions et de contrôles.
Il faudra donc, le cas échéant, déterminer :
Qui a conçu le projet ; qui a réalisé ou validé les études techniques ; qui a établi les métrés et estimations ; qui a déterminé les prix ; qui a préparé le dossier d’appel d’offres ; qui a analysé les différentes offres ; qui a proposé ou validé l’attribution ; qui a autorisé les paiements ; qui a assuré le contrôle et le suivi des travaux ; et, surtout, quels bénéficiaires ont effectivement reçu les paiements liés au marché.
C’est seulement au terme de cette reconstitution de la chaîne de décision que d’éventuelles responsabilités pénales, administratives ou financières pourraient être établies.
C’est précisément là que se trouve le cœur des interrogations.
– Pourquoi Mory Condé, Mourana Soumah et Mahamadou Abdoulaye Diallo auraient-ils été entendus par la DCIJ ?
– Pourquoi ces auditions seraient-elles intervenues le jour même du retour du président de la République ?
– Pourquoi leur absence aurait-elle été remarquée lors du cérémonial d’accueil du chef de l’État ?
– Pourquoi les trois responsables ont-ils ensuite été limogés, une semaine plus tard ?
– Et pourquoi auraient-ils passé la nuit du 21 au 22 août dans les locaux de la Gendarmerie ?
Autant de questions auxquelles les autorités judiciaires devront, tôt ou tard, apporter des réponses.
Car si le dossier de la Corniche est bien au centre de la procédure, les prochaines étapes pourraient permettre de comprendre comment ce marché a été conçu, attribué, exécuté et payé.
Mais rien ne permet encore d’exclure qu’une autre affaire soit à l’origine des auditions et des mesures prises contre les trois responsables. Si une enquête judiciaire est effectivement ouverte autour de ce marché, son périmètre pourrait rapidement dépasser les seuls trois anciens responsables. Un contrat public de plusieurs centaines de milliards implique nécessairement une succession d’actes administratifs, techniques, financiers et politiques.
La question ne serait donc plus seulement de savoir qui a signé, mais de reconstituer l’intégralité du processus ayant conduit à la conclusion du marché et à l’exécution des paiements. C’est dans cette chaîne que pourraient apparaître, le cas échéant, d’éventuelles irrégularités.
Mais attention : à ce stade, aucune surfacturation, aucune fraude et aucune irrégularité pénale ne peuvent être présentées comme établies sans conclusions officielles de l’enquête.
Le marché de la Corniche Tombo–Port autonome existe. Il concerne environ 2,3 kilomètres, pour un montant de 433,99 milliards GNF TTC. GUICOPRES-BTP en est l’attributaire et l’attribution définitive est datée du 25 mars 2025.
Mory Condé, Mourana Soumah et Mahamadou Abdoulaye Diallo auraient été entendus le 14 août par la DCIJ. Nos sources rapportent également qu’ils auraient passé la nuit du 21 au 22 août dans les locaux de la Gendarmerie.
Le statut judiciaire exact des trois hommes, les faits précis faisant l’objet des investigations, le périmètre de l’éventuelle procédure et surtout l’existence d’un lien direct entre cette procédure et le marché de la Corniche.
Une éventuelle surfacturation, des irrégularités dans la procédure d’attribution, des anomalies dans l’exécution du marché, des paiements contestables ou toute autre infraction. Autrement dit, le dossier ne fait que commencer à livrer ses zones d’ombre.
La véritable question n’est désormais plus seulement de savoir pourquoi trois anciens responsables ont été limogés. Elle est de déterminer ce qui s’est réellement passé autour de ce marché de 433,99 milliards de francs guinéens.
Qui a décidé ? Qui a validé ? Qui a exécuté ? Qui a payé ? Qui a contrôlé ? Et, surtout, où est allé l’argent ?
Les réponses à ces questions ne pourront être apportées que par l’examen des pièces contractuelles, des études, des éventuels avenants, des procès-verbaux d’attribution, des situations de travaux, des ordres de paiement et des flux financiers liés au marché.
Tant que ces éléments ne sont pas établis, toute conclusion définitive serait prématurée.
Mais une chose est désormais certaine : entre le retour du président, les auditions rapportées, les limogeages et le marché de la Corniche, le calendrier des événements a ouvert une séquence qui appelle des explications.
Et si la justice confirme l’existence d’une procédure, c’est probablement l’ensemble de la chaîne de décision et d’exécution du marché qui devra être passée au peigne fin.
La Corniche Tombo–Port autonome pourrait alors ne plus être seulement un chantier routier : elle pourrait devenir le point de départ d’une enquête beaucoup plus large sur la gestion d’un marché public de plusieurs centaines de milliards de francs guinéens.
Par M.DIALLO






