CONAKRY – Un nouveau pacte avec la presse ? La Présidence de la République et le Gouvernement veulent manifestement tourner la page d’une communication institutionnelle jugée trop distante. Face à plusieurs dizaines de journalistes nationaux et internationaux réunis ce mercredi à Camayenne, le Général Amara Camara a livré un message qui se veut sans détour : l’information publique ne doit plus être enfermée derrière les portes des institutions.
« L’information publique n’appartient pas à l’État. Elle appartient aux Guinéennes, aux Guinéens et à tous les citoyens du monde », a martelé le ministre Secrétaire général de la Présidence et porte-parole de la Présidence.
Une déclaration forte, qui donne le ton d’une rencontre présentée comme une simple prise de contact, mais qui pourrait marquer le début d’une nouvelle séquence dans les rapports entre le pouvoir et les médias.
Le Général Amara Camara ne s’est pas contenté de défendre le principe de transparence. Il a directement fixé la ligne que devraient désormais suivre les porte-paroles de la Présidence et du Gouvernement ; « Notre rôle n’est pas de retenir l’information. Notre rôle est de garantir la circulation de l’information », a-t-il déclaré.
Il parle d’un « geste fondateur » et revendique une démarche de « co-construction » avec les professionnels des médias.
L’objectif affiché : instaurer un dialogue régulier, permettre aux journalistes d’obtenir plus facilement des réponses des institutions et rapprocher la parole publique des préoccupations de la population.
« C’est le début, nous l’espérons, d’une relation de confiance qui va s’inscrire dans la durée », a-t-il assuré.
Les autorités annoncent la mise en place d’un mécanisme permanent comprenant des rencontres tous les deux mois, des points de contact dédiés et des briefings thématiques sur les sujets d’intérêt national. Une rupture potentielle avec une communication uniquement déclenchée par les événements.
Le pari est simple : moins de distance, davantage d’échanges et surtout un accès plus direct à l’information institutionnelle.
Le porte-parole du Gouvernement, Faya François Bourouno, a prolongé cette vision en mettant en avant les réformes engagées pour transformer l’administration.
DAMANDA, TELEMO, TRESOR PAY, FUGAS, GEDA… Le Gouvernement entend s’appuyer sur cet écosystème numérique pour rendre l’administration plus accessible, plus rapide et plus traçable. Derrière ces plateformes, le message politique est également assumé : construire un État moderne dont la performance doit pouvoir être mesurée par la qualité des services rendus aux citoyens.
La Maison centrale de Coronthie a également occupé une place importante dans les échanges. Faya François Bourouno a confirmé que la libération du site s’inscrit dans le vaste projet de transformation urbaine de Kaloum, aux côtés de plusieurs autres opérations : marché Niger, nouvelle Cité de la Police, rénovation de Coronthie, délocalisation du dépôt d’hydrocarbures et reconquête des espaces publics.
Construite en 1933 pour environ 300 détenus, la prison se retrouve aujourd’hui au cœur d’une zone devenue l’un des principaux centres administratifs, économiques et portuaires de Conakry. Mais le ministre veut être catégorique : « Il ne s’agit pas de reconstruire une prison à cet emplacement. Donc, il n’y aura pas de reconstruction de prison à ce niveau. »
Pour le Gouvernement, la libération du site doit contribuer à désengorger Kaloum et à accompagner sa transformation en un centre-ville présenté comme « plus sûr, plus sain, plus digne et plus moderne ». Autre séquence forte de la rencontre : la demande du Premier ministre portant sur l’ensemble des contrats signés par les ministères depuis septembre 2021.
Moussa Moïse Sylla, deuxième porte-parole du Gouvernement, confirme que les ministres avaient reçu, le 17 août, l’instruction de transmettre les documents à la Primature dans un délai de 48 heures. Il insiste toutefois sur un point : aucun ministre ne serait particulièrement visé; « Il n’y a pas de ciblage dans ce qu’il a demandé », affirme-t-il.
Selon le Gouvernement, cette opération doit permettre de centraliser les engagements contractuels de l’État, d’améliorer leur traçabilité et de disposer d’une meilleure visibilité sur les dépenses publiques.
Et selon le ministre, tous les membres du Gouvernement ont transmis les documents dans les délais impartis.
La suspension du magistrat Algassimou Diallo a également provoqué une passe d’armes avec la presse. Le Général Amara Camara assume le principe de la sanction administrative et rappelle que celle-ci fait partie du fonctionnement normal de l’État. Mais son message aux journalistes est surtout un appel à l’enquête : « Pourquoi a-t-il été sanctionné ? C’est ça, peut-être, la question que vous auriez dû poser. (…) Allez chercher les faits ! Vous êtes journalistes, c’est ça votre travail. »
Pour le porte-parole de la Présidence, les faits à l’origine de la sanction doivent être recherchés avant de tirer des conclusions; « Quiconque mérite une sanction sera sanctionné. C’est aussi clair que ça », a-t-il conclu.
Cette rencontre aura au moins permis de poser publiquement une nouvelle feuille de route : plus de disponibilité, davantage de dialogue et un accès plus régulier à l’information.
Car une relation de confiance ne se décrète pas devant les caméras. Elle se construit dans la durée, notamment lorsque les questions deviennent sensibles, lorsque les journalistes enquêtent et lorsque les réponses dérangent.
Les rendez-vous bimestriels annoncés, les points de contact promis et la circulation effective de l’information seront donc les premiers indicateurs de cette nouvelle relation.
Le Général Amara Camara a ouvert la porte. La presse attend désormais de voir si elle restera réellement ouverte lorsque viendront les sujets qui fâchent.
Par nimba224.com






