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CRIEF : un témoignage fait vaciller l’accusation de détournement de 46 milliards GNF… « L’argent a servi à payer les salaires »

Conakry – Coup de théâtre à la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Alors que Mamadou Saïdou Baldé, ancien receveur communal de Matoto, est poursuivi dans une affaire de détournement présumé de plus de 46 milliards de francs guinéens, un témoignage majeur est venu ébranler l’accusation. À la barre, l’ancien maire de Matoto, Mamadouba Toss Camara, a livré une version des faits qui remet en question l’un des principaux griefs retenus contre l’ancien comptable public.

Au centre des débats : 270 millions de francs guinéens, présentés par l’accusation comme une opération litigieuse. Pour le témoin, cette somme n’a jamais disparu. Elle a servi à régler trois mois d’arriérés de salaires des agents contractuels de la commune, plongés à l’époque dans une situation sociale critique.

« Les travailleurs ont été payés », a soutenu, en substance, l’ancien maire devant la Chambre des appels, expliquant qu’un mandat de paiement avait été régulièrement établi et que les fonds avaient effectivement été versés aux bénéficiaires.

Depuis l’ouverture de la procédure, Mamadou Saïdou Baldé défend une même ligne : il ne s’agissait pas d’un détournement, mais d’une erreur d’imputation budgétaire.

Cette version a été confortée par le témoignage de Mamadouba Toss Camara. Selon lui, après le paiement des salaires, le receveur communal a constaté que les fonds avaient été prélevés par erreur sur une ligne du budget national, alors qu’ils auraient dû être imputés au budget communal.

L’ancien maire affirme qu’il s’agissait d’une simple erreur technique, rapidement corrigée grâce à un mécanisme de compensation ayant permis de rétablir les écritures comptables et de rembourser les sommes concernées.

Face au substitut du procureur spécial, Biwon Millimouno, qui a tenté de démontrer les responsabilités du receveur dans la gestion des deniers publics, l’ancien maire est resté constant dans ses déclarations.

Il a rappelé que le maire autorise les dépenses tandis que le receveur assure leur exécution, tout en refusant de se prononcer sur les aspects techniques du budget national, qu’il dit ne pas maîtriser.

Ce témoignage pourrait marquer un tournant dans ce procès emblématique. Car une interrogation s’impose désormais : peut-on qualifier de détournement une somme dont les bénéficiaires sont identifiés, dont l’utilisation est reconnue et dont l’erreur comptable aurait été régularisée ?

Entre la thèse d’une faute administrative et celle d’un détournement de deniers publics, la Chambre des appels de la CRIEF devra désormais trancher.

Au-delà des 46 milliards de francs guinéens évoqués dans ce dossier, c’est désormais la frontière entre une erreur de gestion et une infraction pénale qui se retrouve au cœur du débat judiciaire.

 

 

Par M.DIALLO

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