DUBRÉKA – C’est une affaire aux allures de scénario judiciaire qui s’est ouverte ce mardi 30 juin 2026 devant le Tribunal de première instance (TPI) de Dubréka. Ismaël Sylla, poursuivi pour escroquerie présumée, usurpation de titre et abus de confiance, est accusé d’avoir usurpé la qualité de haut magistrat pour gagner la confiance de ses victimes et obtenir d’importantes sommes d’argent ainsi que plusieurs biens.
Selon les éléments présentés à l’audience, le prévenu aurait affirmé être procureur de la République, mais également ancien premier président de la Cour suprême et ancien procureur près le Tribunal de première instance de Dubréka. C’est en se prévalant de ces fonctions qu’il aurait convaincu Mme A. Sow, récemment déboutée dans un litige foncier, qu’il pouvait faire annuler la décision de justice rendue contre elle.
La partie civile soutient qu’Ismaël Sylla lui aurait promis d’intervenir dans la procédure judiciaire en échange de divers avantages. Il se serait présenté à plusieurs reprises, accompagné de personnes présentées comme ses gardes du corps, avant de consommer des repas dans le restaurant de la plaignante et d’emporter des vêtements dans sa boutique, pour une valeur estimée à 15 millions de francs guinéens, sans jamais en régler le coût.
Toujours selon la plaignante, le prévenu aurait également obtenu 5 millions de francs guinéens dans le cadre de cette prétendue intervention judiciaire.
Les poursuites portent en outre sur la disparition d’une moto de marque TVS, d’un matelas deux places ainsi que d’un carton de chicha et de ses accessoires. Le préjudice global est estimé à 171 millions de francs guinéens.
Constituée partie civile, Mme A. Sow réclame 80 millions de francs guinéens de dommages et intérêts. Son avocat a décrit le prévenu comme un récidiviste, appelant le tribunal à prononcer une sanction exemplaire.
Dans ses réquisitions, la substitut du procureur près le TPI de Dubréka, Kadiatou Kolou Guilao, a affirmé qu’Ismaël Sylla aurait montré à la victime des photographies le représentant aux côtés d’hommes en uniforme afin de crédibiliser son identité supposée de magistrat. Le ministère public lui reproche également d’avoir établi une fausse cession de parcelles au nom de la plaignante.
Estimant les charges suffisamment caractérisées, le parquet a requis cinq ans d’emprisonnement ainsi qu’une amende de 20 millions de francs guinéens.
La défense a, pour sa part, rejeté en bloc les accusations. L’avocat d’Ismaël Sylla a soutenu que son client entretenait une relation amoureuse avec la plaignante, produisant à l’audience plusieurs photographies des deux protagonistes s’embrassant. Invoquant le principe de la présomption d’innocence, il a estimé que les infractions d’usurpation de titre, d’escroquerie et d’abus de confiance ne sont pas établies et a demandé la relaxe pure et simple de son client, ainsi que sa remise en liberté.
À l’issue des débats, le Tribunal de première instance de Dubréka a mis l’affaire en délibéré. Le jugement est attendu le 21 juillet 2026, date à laquelle la juridiction dira si les accusations portées contre Ismaël Sylla sont fondées.
Par A. CAMARA






