CONAKRY – Ce qui n’était jusque-là qu’un malaise interne prend désormais les allures d’une véritable crise de gouvernance. À l’Office Guinéen de Publicité (OGP), les tensions entre les principaux responsables de l’établissement éclatent désormais sur la place publique, alimentant un débat plus large sur la gouvernance des entreprises publiques et les critères de nomination à leur tête.
La rencontre entre le Directeur général, Aladji Cellou, et la section syndicale de l’OGP, quelques jours après un premier échange avec le Directeur général adjoint, Jean-Marie Coumbassa, illustre un climat social et administratif particulièrement tendu.
Conduits par leur Secrétaire général, Charles Mohamed Kolié, les représentants des travailleurs sont venus faire le compte rendu de leurs précédents échanges et soumettre plusieurs propositions destinées à restaurer un climat de sérénité au sein de l’entreprise.
À l’issue de cette audience, le Directeur général a présenté sa vision pour le redressement de l’OGP, tandis que plusieurs recommandations ont été arrêtées afin de traiter en urgence les dossiers jugés prioritaires.
Au moment de la publication de ces informations, les autorités de tutelle n’avaient toujours pas communiqué officiellement sur les tensions qui secouent l’OGP.
Cette absence de réaction alimente les commentaires au sein de l’entreprise. Certains observateurs estiment que le Directeur général adjoint bénéficierait de solides appuis au sein de l’administration, une perception renforcée, selon eux, par l’absence de communication publique malgré plusieurs épisodes de tensions signalés ces derniers mois. Aucune preuve publique ne permet toutefois d’établir cette hypothèse.
Selon nos informations, le Directeur général adjoint, Jean-Marie Coumbassa, réfute l’ensemble des accusations portées contre lui. Il affirme n’avoir « jamais tenu de réunion avec un groupe syndical » et assure recevoir quotidiennement les employés de l’OGP dans le cadre normal de ses fonctions.
Concernant les accusations de piratage présumé de l’ordinateur du Directeur général, il oppose un démenti catégorique : « Si je suis accusé d’avoir piraté l’ordinateur du Directeur, qu’on apporte les preuves. Je ne réponds pas aux rumeurs. »
Le DGA minimise par ailleurs les tensions avec sa hiérarchie, évoquant de simples divergences administratives. « Nous sommes venus ensemble pour redresser l’entreprise. Nous devons travailler collégialement. Les désaccords existent dans toutes les administrations. »
Interrogé sur une supposée sous-facturation concernant MTN, Jean-Marie Coumbassa explique ne pas être le technicien chargé de la facturation. Il reconnaît toutefois avoir signé une facture pro forma de 900 millions de francs guinéens alors que, selon ses propres déclarations, la facture normale s’élèverait à plus de deux milliards de francs guinéens.
Le DGA précise avoir demandé aux services techniques d’assumer leurs responsabilités si une surfacturation ou une sous-facturation venait à être établie. Ces déclarations alimentent néanmoins les interrogations sur les mécanismes internes de contrôle de l’OGP et sur la chaîne de validation des factures.
Le Secrétaire général de la section syndicale, Charles Mohamed Kolié, dément avoir participé à une quelconque réunion syndicale avec le Directeur général adjoint avant celle organisée avec le Directeur général.
Selon lui, les démarches entreprises visaient essentiellement à obtenir la libération de plusieurs employés placés en détention.
Il explique avoir rencontré personnellement le Directeur général adjoint afin de solliciter son intervention dans ce dossier, avant que le Directeur général ne convoque, quelques jours plus tard, une réunion destinée à rechercher une solution.
Les relations entre Jean-Marie Coumbassa et sa hiérarchie ne datent pas d’aujourd’hui.
Dans un courrier daté du 3 novembre 2025, l’ancien ministre de l’Information et de la Communication, Fana Soumah, lui avait adressé un rappel à l’ordre pour des faits qualifiés d’insubordination et de manquement à la discipline administrative.
Le document évoquait notamment des initiatives prises par le Directeur général adjoint sans validation préalable de sa hiérarchie, en référence aux dispositions de l’Arrêté A/2022/786/PM/SGG du 21 avril 2022 fixant les modalités d’organisation et de fonctionnement des conseils de discipline des départements ministériels et des préfectures.
Aujourd’hui, alors que plusieurs accusations et contre-accusations se succèdent, une certitude demeure : l’OGP traverse l’une des périodes les plus délicates de son histoire récente.
Au-delà des personnes, cette crise pose une question essentielle : celle de la gouvernance des entreprises publiques et de la capacité de leurs dirigeants à privilégier le dialogue institutionnel, la discipline administrative et l’intérêt général.
Dans l’attente d’éventuelles prises de position des autorités compétentes et des conclusions des enquêtes en cours, les accusations formulées de part et d’autre restent à établir. Une chose est cependant acquise : l’issue de cette crise sera observée avec attention, tant elle pourrait constituer un véritable révélateur des défis de la réforme de l’administration publique guinéenne.
Par nimba224.com






