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Massacre de Thiaroye : 80 Ans Après, un Fils Déclare la Guerre à la France pour Retrouver la Tombe de son Père

Huit décennies après l’un des épisodes les plus sombres de la mémoire coloniale française, Biram Senghor, 86 ans, fils d’un tirailleur sénégalais tué lors du massacre de Thiaroye en 1944, a décidé de porter plainte contre la France. Il réclame la vérité sur le lieu d’inhumation de son père, M’Bap Senghor, exécuté pour avoir simplement exigé le paiement de sa solde.

Le 1er décembre 1944, dans le camp militaire de Thiaroye, près de Dakar, l’armée coloniale française ouvre le feu sur des centaines de tirailleurs africains fraîchement rapatriés après avoir combattu pour la France. Le crime ? Avoir osé revendiquer leur dû. Bilan officiel : 35 morts, selon les archives françaises. Mais pour de nombreux historiens, plus de 400 victimes auraient péri ce jour-là. Le mystère demeure entier sur l’emplacement exact de leurs tombes, et les familles attendent toujours justice.

Ce lundi dernier, Biram Senghor a déposé plainte contre X et contre l’État français pour « recel de cadavre » devant le tribunal judiciaire de Paris. Son avocat, Me Dieng, estime que les autorités détiennent des documents clés, mais que l’accès est volontairement entravé.

« Il faut qu’on nous dise où est enterré M’Bap Senghor. La loi est claire : faire obstacle à la découverte d’un cadavre, c’est un crime. Il est temps que la vérité soit dite », martèle Me Dieng.

Cette plainte se fonde sur l’article 434-7 du Code pénal français, qui sanctionne toute obstruction à la découverte d’un cadavre, notamment en cas de décès lié à des violences, ce qui est reconnu par l’État français depuis novembre 2023 comme un « massacre » colonial.

En juin 2024, la France a officiellement reconnu M’Bap Senghor comme « Mort pour la France », une distinction honorifique mais tardive. Et en novembre dernier, Paris a admis le terme « massacre » pour qualifier les événements de Thiaroye. Des gestes jugés purement symboliques, alors que les demandes de vérité historique et de localisation des corps restent sans réponse.

« On a d’abord qualifié mon père de déserteur, puis on a admis qu’il a été tué à Thiaroye. Mais on refuse toujours de dire où il est enterré. Où sont ces corps ? Où sont les fosses communes ? », s’indigne Biram Senghor.

L’ancien président François Hollande avait affirmé en 2014 avoir remis l’ensemble des archives disponibles sur le massacre. Une déclaration confirmée récemment par des sources gouvernementales françaises. Mais pour les familles, ces documents ne disent rien de concret sur les lieux d’inhumation.

« Si ces archives sont vraiment ouvertes, pourquoi refuse-t-on de nous montrer où nos pères ont été enterrés ? », interroge Me Dieng.

La plainte de Biram Senghor n’est pas seulement un acte judiciaire. C’est un cri de vérité et de mémoire. Un appel à la France pour assumer pleinement son passé colonial, reconnaître les douleurs infligées aux tirailleurs africains, et permettre enfin aux familles de faire leur deuil sur des tombes identifiées et honorées.

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