mercredi, février 11, 2026
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Conakry taxe le sable : vers la fin des plages populaires pour les jeunes ?

À partir du 1er juin 2025, profiter d’un moment de détente sur les plages publiques aménagées de Conakry coûtera 6 000 francs guinéens par adulte et par jour. C’est la nouvelle taxe annoncée par l’Office National du Tourisme (ONT GUINÉE SA), dans l’objectif, dit-on, de mieux encadrer et professionnaliser l’exploitation des espaces balnéaires.

Si l’ONT justifie cette mesure par le besoin de renforcer la sécurité, d’améliorer l’entretien des plages et d’offrir un meilleur cadre aux usagers, cette décision soulève néanmoins une vague de critiques dans un pays où les lieux de détente dignes de ce nom sont déjà quasi inexistants, en particulier pour les jeunes.

En dehors de la plage de la Camayenne, qui présente un minimum d’aménagements, la majorité des plages de Conakry sont dans un état de délabrement avancé, manquent de structures sanitaires, d’éclairage, de sécurité ou même d’un simple dispositif de nettoyage régulier. Et pourtant, ce sont ces espaces que l’État veut aujourd’hui rentabiliser à travers une taxe, sans avoir préalablement investi pour les rendre attractifs.

Pour beaucoup de jeunes Guinéens, souvent livrés à eux-mêmes, les plages sont les rares lieux d’évasion gratuits dans une capitale marquée par un cruel déficit d’infrastructures de loisirs. Avec l’instauration de cette taxe, c’est une barrière de plus qui se dresse contre leur droit au divertissement, surtout dans un contexte économique tendu.

Au lieu de chercher uniquement à renflouer les caisses de l’État à travers l’Office National du Tourisme, ne serait-il pas plus pertinent de commencer par assumer pleinement les responsabilités régaliennes : investir dans les aménagements de base, sécuriser les sites, promouvoir des activités récréatives et sensibiliser à l’environnement côtier ?

Le gouvernement promet que la taxe est encadrée par une loi vieille de plus de 30 ans, révisée en 2010, mais ce n’est pas une loi qui aménage une plage, c’est l’action publique. À ce rythme, la plage pourrait bientôt devenir un luxe, dans un pays pourtant doté d’un vaste littoral inexploité.

Si certains saluent une tentative de structuration du secteur, d’autres y voient une taxe de trop, imposée sans concertation, ni préparation. Des agents de l’ONT et de la police touristique seront déployés pour veiller à l’application de cette mesure et au respect des règles de sécurité.

Mais la vraie question reste en suspens : peut-on monnayer l’accès à un espace public délaissé depuis des décennies, sans y avoir investi le moindre franc ?

La jeunesse guinéenne, elle, attend toujours mieux qu’un ticket d’entrée… Elle attend des plages dignes de ce nom.

Par O.Bangoura

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