Conakry, 20 mai 2025 – Le Premier ministre Amadou Oury Bah a reçu en audience une délégation de la Cour pénale internationale (CPI), conduite par le procureur général adjoint, M. Mame Mandiaye Niang, en mission officielle à Conakry.

Objectif affiché : réaffirmer la volonté de coopération entre la CPI et l’État guinéen, notamment sur le dossier sensible du massacre du 28 septembre 2009, dont les plaies restent béantes dans la mémoire collective. Le représentant de la Cour a salué la démarche « constructive » des autorités de la transition dans la gestion du dossier, tout en réitérant l’engagement de la CPI à accompagner la Guinée dans le respect de ses engagements internationaux.
Mais derrière les sourires diplomatiques et les promesses réitérées, une réalité amère s’impose : près de 16 ans après les atrocités du stade de Conakry, la quête de justice piétine toujours.
Le procès des événements du 28 septembre 2009, marqué par l’assassinat de plus de 150 manifestants et des dizaines de viols, a certes été ouvert en grande pompe en 2022, mais la procédure peine à avancer avec rigueur et célérité. Plusieurs observateurs nationaux et internationaux dénoncent une justice à deux vitesses, marquée par les retards procéduraux, les pressions politiques et un manque criant de moyens logistiques et financiers.

La visite de la délégation de la CPI apparaît ainsi moins comme un signe de satisfaction que comme un rappel à l’ordre diplomatique, alors que la transition guinéenne joue sa crédibilité sur la scène internationale.
S’il est indéniable que les autorités actuelles affichent une volonté de « solder » ce dossier emblématique de l’impunité, les actes ne suivent pas toujours les discours. Loin de renforcer la confiance des victimes et des familles endeuillées, cette visite diplomatique risque de donner une caution internationale à un processus encore fragile, souvent instrumentalisé à des fins politiques.
Pendant ce temps, les victimes attendent toujours réparation, reconnaissance, et surtout vérité et justice. La CPI, en saluant les engagements verbaux, prend le risque de valider un simulacre de justice, si elle n’accentue pas la pression pour des résultats concrets, mesurables et irréversibles.

Le traitement réservé au dossier du 28 septembre est un baromètre de la sincérité de la transition guinéenne en matière de justice et de droits humains. Accepter la main tendue de la CPI, c’est bien. Aller jusqu’au bout des procédures judiciaires de manière équitable, transparente et rapide, c’est mieux. Et c’est ce que la communauté nationale et internationale attend réellement.
Tant que justice ne sera pas pleinement rendue, chaque visite, chaque engagement, chaque déclaration restera un exercice de communication sans substance. La justice ne peut être un outil politique. Elle doit être un pilier de la réconciliation, de la vérité et de la dignité.
La Guinée est à la croisée des chemins : entre promesses diplomatiques et justice véritable. Le choix appartient désormais aux autorités de la transition.
Par nimba224.com






